
L’électricité appartient au second œuvre. Techniquement, c’est exact. Pourtant, les erreurs commises pendant le gros œuvre sont souvent la cause des complications électriques rencontrées sur les maisons neuves.
Les électriciens se retrouvent régulièrement coincés face à une dalle trop épaisse, des réservations oubliées ou des murs placés au mauvais endroit. Les propriétaires doivent alors débourser des milliers d’euros supplémentaires pour corriger ce qui aurait dû être anticipé dès la construction de la structure.
Le gros œuvre conditionne l’ensemble du projet. Sans une base pensée pour accueillir l’installation électrique, les complications techniques et financières deviennent inévitables. Voici les cinq erreurs les plus courantes à éviter absolument.
Erreur n°1 : Absence de réservations dans les dalles et planchers
L’absence de réservations représente l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse à corriger. Ces passages aménagés dans les dalles béton lors du coulage permettent le passage des gaines électriques entre les étages.
Les conséquences de cette erreur
Sans ces réservations, l’électricien doit soit percer la dalle (opération délicate qui fragilise la structure), soit faire passer tous les câbles en apparent le long des murs, solution esthétiquement désastreuse.
L’absence de réservations oblige parfois à créer un faux-plafond sur un étage entier uniquement pour dissimuler les câbles. Surcoût constaté : jusqu’à 8 000 euros. Une réservation correctement positionnée pendant le coulage ne coûte rien de plus.
Solution préventive
Avant le coulage de chaque dalle, l’électricien ou le maître d’œuvre doit valider l’emplacement des réservations avec le maçon. Les réservations standards incluent :
- Une réservation principale près du tableau électrique (diamètre 100-150 mm)
- Des réservations secondaires pour les circuits spécialisés (chauffage, VMC, cuisine)
- Des passages entre chaque niveau à proximité des descentes de plomberie
Le passage des fourreaux dans le béton frais avant la prise définitive garantit des réservations propres et parfaitement positionnées. Une entreprise spécialisée en gros œuvre coordonne son travail avec l’électricien dès cette phase cruciale.
Erreur n°2 : Épaisseur de dalle inadaptée au passage des gaines
Certains constructeurs réduisent l’épaisseur des dalles au strict minimum structurel pour économiser sur le béton. Une dalle de 12 cm laisse très peu de marge pour encastrer les gaines électriques, particulièrement dans les pièces nécessitant des prises au sol.
Impact sur l’installation électrique
Dans une dalle trop fine, l’encastrement des boîtiers de sol affaiblit dangereusement la structure. L’électricien doit alors :
- Renoncer aux prises de sol (abandon de l’îlot central de cuisine avec prises intégrées)
- Créer une surépaisseur de chape uniquement pour passer les gaines (surcoût matériel et main-d’œuvre)
- Faire remonter les gaines par les murs, multipliant les saignées
Une dalle de 11 cm peut obliger à abandonner le projet d’îlot central connecté. Alternative : une rallonge électrique disgracieuse ou la reprise complète de la dalle.
Recommandations techniques
Pour une maison avec installation électrique moderne (prises de sol, chauffage au sol électrique, domotique), les épaisseurs recommandées sont :
- Minimum 15 cm en rez-de-chaussée
- 18-20 cm avec plancher chauffant électrique
- Zones renforcées sous les futurs emplacements d’électroménager lourd
Erreur n°3 : Position du tableau électrique non anticipée
Le tableau électrique constitue le cœur de toute installation. Pourtant, son emplacement est souvent décidé après le gros œuvre. Il se retrouve alors dans un endroit peu pratique, difficile d’accès, ou qui complique inutilement le tirage des câbles.
Problèmes générés
Un tableau mal positionné entraîne :
- Des distances excessives entre le compteur et le tableau (longueur de câble, chutes de tension)
- Des circuits trop longs jusqu’aux pièces éloignées (perte d’énergie, section de câble augmentée)
- Un accès compliqué pour la maintenance ou l’ajout de circuits
- Une multiplication des boîtes de dérivation pour compenser
Les tableaux électriques placés dans des garages non communicants avec la maison obligent à traverser un mur porteur après coup. Perçage délicat, étude de structure supplémentaire, renforcement : un ensemble de complications évitables avec une bonne anticipation.
Critères de positionnement optimal
Pendant le gros œuvre, l’espace réservé au tableau électrique doit respecter ces critères :
- Proximité de l’arrivée du réseau électrique (limite propriété)
- Centralisation par rapport aux pièces à alimenter
- Accessibilité facile (pas dans un placard profond)
- Local hors gel et sec
- Possibilité d’extension (la norme impose 20% de réserve modulaire)
Le constructeur ou l’entreprise de gros œuvre doit poser la question de l’emplacement du tableau électrique avant de couler les fondations et monter les murs.
Erreur n°4 : Oubli des saignées et passages muraux

Les murs porteurs sont montés, le béton a pris, et aucun passage n’a été prévu pour faire communiquer les circuits électriques d’une pièce à l’autre. L’électricien doit alors ouvrir des saignées dans le béton ou la brique, opération bruyante, poussiéreuse et coûteuse.
Impact sur le chantier et le budget
La création de saignées après coup dans du béton armé :
- Nécessite des outils spécialisés (rainureuse, perforateur)
- Génère une quantité importante de poussière
- Risque d’affaiblir la structure si mal réalisée
- Ralentit considérablement le chantier
- Coûte 3 à 5 fois plus cher qu’une réservation prévue à l’avance
Sur une maison de 120 m², ouvrir toutes les saignées après coup coûte environ 2 500 euros de plus qu’en prévoyant les passages pendant la construction. Les délais s’allongent de plusieurs jours.
Passages à prévoir
Durant le montage des murs, il faut anticiper :
- Des passages horizontaux à 30 cm du plafond pour les circuits d’éclairage
- Des descentes verticales près des portes pour les interrupteurs
- Des passages pour les circuits spécialisés (cuisine, buanderie, garage)
- L’utilisation de blocs creux ou à bancher qui facilitent le passage des gaines
Un maçon travaillant en coordination avec l’électricien intègre naturellement ces passages. Le recours à des professionnels habitués à collaborer sur des projets de construction garantit cette coordination.
Erreur n°5 : Absence de coordination entre corps de métier
Cette erreur transversale amplifie toutes les autres. Le maçon coule sa dalle sans consulter l’électricien. Le charpentier installe ses poutres selon son plan. Chacun travaille dans son coin, sans vision d’ensemble.
Conséquences en cascade
L’absence de coordination génère :
- Des poutres bloquant le passage des gaines vers les combles
- Des évacuations de plomberie occupant l’espace prévu pour le tableau électrique
- Des cloisons posées exactement où devait passer le circuit principal
- Des hauteurs sous plafond insuffisantes après passage des gaines
L’absence totale de communication entre le maçon, le plombier et l’électricien peut conduire à 15 jours de retard et 12 000 euros de travaux de reprise. Des murs doivent être démontés, des dalles reprises, des réseaux déplacés.
Le rôle du maître d’œuvre
Un maître d’œuvre ou conducteur de travaux assure cette coordination indispensable. Ses missions :
- Organisation de réunions de chantier régulières
- Vérification du respect des plans d’ensemble par chaque corps de métier
- Anticipation des conflits entre réseaux (électricité, plomberie, VMC)
- Validation des réservations avant chaque coulage de béton
- Respect du planning et des interventions dans le bon ordre
Pour le gros œuvre, cette coordination s’avère cruciale. Les entreprises maîtrisant la construction savent que leur travail conditionne tout le second œuvre. Elles consultent les autres corps d’état avant de finaliser les éléments structurels.
Bonnes pratiques pour un gros œuvre facilitant l’électricité
Voici les recommandations pour un gros œuvre qui simplifie l’installation électrique :
Réunion de synthèse préalable. Avant le démarrage, réunir le maçon, l’électricien, le plombier et le plaquiste. Passer en revue les plans pièce par pièce. Identifier les points de conflit potentiels et valider ensemble les solutions.
Plan de réservations détaillé. Avant chaque coulage de dalle, vérifier le plan exact des réservations prévues : diamètre, position, nombre. Une réservation inutilisée vaut mieux qu’un passage oublié.
Épaisseur de dalle confortable. Les économies sur le volume de béton (quelques centaines d’euros) génèrent des milliers d’euros de complications futures. Minimum 15 cm, 18 cm recommandé.
Maître d’œuvre compétent. En construction sans constructeur, un bon maître d’œuvre coordonne, anticipe, contrôle. C’est l’assurance contre les erreurs de gros œuvre.
Entreprise de gros œuvre expérimentée. Une entreprise sérieuse connaît les impératifs des autres corps d’état et construit en conséquence. L’économie initiale sur un devis bas de gamme coûte bien plus au final.
L’importance de l’entreprise de gros œuvre
Le gros œuvre constitue la fondation de tout projet, littéralement et figurativement. Une structure bien pensée, des réservations correctement positionnées, une coordination efficace avec les autres métiers : ces éléments font la différence entre un chantier serein et un parcours du combattant.
Sur les chantiers réussis, une constante apparaît : une entreprise de gros œuvre qui ne se contente pas de monter des murs et couler des dalles, mais qui réfléchit à l’ensemble du projet. Qui pose les bonnes questions. Qui anticipe les besoins du second œuvre.
Le choix de l’entreprise de gros œuvre ne doit pas reposer uniquement sur le critère du prix. Les 10-15% économisés sur le devis initial se transforment facilement en 30-40% de surcoût global si le travail est mal coordonné.
Conclusion
L’électricité appartient certes au second œuvre, mais sa réussite se joue en grande partie pendant le gros œuvre. Les cinq erreurs détaillées – absence de réservations, dalles trop fines, tableau mal positionné, passages oubliés et manque de coordination – représentent 80% des problèmes électriques constatés sur les maisons neuves.
Ces erreurs sont toutes évitables. L’anticipation, la coordination et le recours aux bons professionnels suffisent. Un maçon consciencieux travaillant avec l’électricien évite des milliers d’euros de reprise et des semaines de retard.
Au lancement d’un projet de construction, cette phase cruciale ne doit pas être négligée. Les bonnes questions doivent être posées au constructeur ou au maître d’œuvre. Les plans de réservations doivent être vérifiés. La communication entre tous les corps de métier doit être assurée.
L’installation électrique et le budget en dépendent directement.
Peut-on corriger une erreur de gros œuvre après la construction ?
Oui, mais cela coûte beaucoup plus cher. Percer une dalle en béton armé pour créer une réservation oubliée demande des outils spécialisés et fragilise la structure.
Le coût d’une correction après coup est 3 à 5 fois supérieur à celui d’une anticipation pendant la construction.
Dans certains cas, la solution devient impossible sans démolition partielle.
Quelle épaisseur de dalle minimum pour une installation électrique moderne ?
15 cm minimum pour une dalle standard, 18 cm recommandé si la maison comporte des prises de sol ou un plancher chauffant électrique.
Une dalle de 12 cm ou moins complique fortement l’encastrement des gaines et limite les possibilités d’aménagement électrique.
Qui doit coordonner le gros œuvre et l’électricité ?
Le maître d’œuvre ou le conducteur de travaux assure cette coordination.
Sur un chantier sans maître d’œuvre, le maçon doit impérativement consulter l’électricien avant chaque coulage de dalle et montage de murs.
Cette coordination évite 80% des erreurs coûteuses.
Combien coûtent les erreurs de gros œuvre sur l’installation électrique ?
Les surcoûts varient de 2 500 euros (saignées à créer après coup) à plus de 12 000 euros (reprise complète de dalles et réseaux).
En moyenne, une maison de 120 m² mal coordonnée génère 5 000 à 8 000 euros de travaux supplémentaires pour l’installation électrique.


