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Une pensée pour Mahé et ses derniers projets...Voici une pièce de Delphine RIGAUD Description: Graphique sur les liens hypertextes littéraires, réalisé à l’encre sur papier. Le catalogue de l’exposition GNS (Palais de Tokyo 2002) constitue une référence importante dans la genèse de mon travail; ce livre marque le point de départ du graphique. A partir de cette référence, j’effectue un relevé des notes de bas de page et bibliographies qui renvoient aux ouvrages références de ce livre. L’opération est répétée pour chacun des ouvrages rencontrés, quand la référence est accessible. Les liens sont tracés d’un titre à l’autre; dans la mesure du possible un titre n’est mentionné qu’une seule fois même s’il renvoie à plusieurs référents; ce sont alors les liens qui se répètent. Objectifs: Un livre n’est pas un espace clos, il renvoie à d’autres ouvrages et développe ainsi son propre paysage culturel. Ici sont mis en évidence les liens hypertextes, les références qui nourrissent un livre, qui en nourrissent d’autres et ainsi de suite, en une arborescence infinie. Il est bien question de paysage culturel, et le résultat plastique renvoie à cette notion de paysage; on est dans la carte avec ce qu’elle suppose de contemplation, de navigation du regard et de lecture pour trouver un chemin qui mène à telle ou telle référence. La profusion de références qui mènent à un seul livre (le point de départ, le catalogue GNS), est telle qu’on y perd son chemin, quitte à tomber sur d’autres titres familiers qui nous emmènent ailleurs.

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Pierre Cochard nous a fait suivre par mail un texte très intéressant de Paul Valéry (trouvé sur skole.fr), ça fait réfléchir... Je n’hésite jamais à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture. Plus les diplômes ont pris d’importance dans la vie (et cette importance n’a fait que croître à cause des circonstances économiques), plus le rendement de l’enseignement a été faible. Plus le contrôle s’est exercé, s’est multiplié, plus les résultats ont été mauvais. Mauvais par ses effets sur l’esprit public et sur l’esprit tout court. Mauvais parce qu’il crée des espoirs, des illusions de droits acquis. Mauvais par tous les stratagèmes et les subterfuges qu’il suggère ; les recommandations, les préparations stratégiques, et, en somme, l’emploi de tous expédients pour franchir le seuil redoutable. C’est là, il faut l’avouer, une étrange et détestable initiation à la vie intellectuelle et civique. D’ailleurs, si je me fonde sur la seule expérience et si je regarde les effets du contrôle en général, je constate que le contrôle, en toute matière, aboutit à vicier l’action, à la pervertir... Je vous l’ai déjà dit : dès qu’une action est soumise à un contrôle, le but profond de celui qui agit n’est plus l’action même, mais il conçoit d’abord la prévision du contrôle, la mise en échec des moyens de contrôle. Le contrôle des études n’est qu’un cas particulier et une démonstration éclatante de cette observation très générale. Le diplôme fondamental, chez nous, c’est le baccalauréat. Il a conduit à orienter les études sur un programme strictement défini et en considération d’épreuves qui, avant tout, représentent, pour les examinateurs, les professeurs et les patients, une perte totale, radicale et non compensée, de temps et de travail. Du jour où vous créez un diplôme, un contrôle bien défini, vous voyez aussitôt s’organiser en regard tout un dispositif non moins précis que votre programme, qui a pour but unique de conquérir ce diplôme par tous moyens. Le but de l’enseignement n’étant plus la formation de l’esprit, mais l’acquisition du diplôme, c’est le minimum exigible qui devient l’objet des études. Il ne s’agit plus d’apprendre le latin, ou le grec, ou la géométrie. Il s'agit d’emprunter, et non plus d’acquérir, d’emprunter ce qu’il faut pour passer le baccalauréat. Ce n’est pas tout. Le diplôme donne à la société un fantôme de garantie, et aux diplômés des fantômes de droits. Le diplômé passe officiellement pour savoir : il garde toute sa vie ce brevet d’une science momentanée et purement expédiente. D’autre part, ce diplômé au nom de la loi est porté à croire qu’on lui doit quelque chose. Jamais convention plus néfaste à tout le monde, à l’Etat et aux individus (et, en particulier, à la culture) n’a été instituée. C’est en considération du diplôme, par exemple, que l’on a vu se substituer à la lecture des auteurs l’usage des résumés, des manuels, des comprimés de science extravagants, les recueils de questions et de réponses toutes faites, extraits et autres abominations. Il en résulte que plus rien dans cette culture altérée ne peut aider ni convenir à la vie d’un esprit qui se développe. Paul Valéry, Le bilan de l'intelligence (1935), in Variété, Œuvres, t. 1, Gallimard, Pléiade, p. 1076.