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Jeune et jolie est un film de François Ozon (8 femmes, Ricky, Potiche, Dans la maison, ... ), actuellement à l'affiche (sorti le 21 Août).  Ce film a beaucoup fait parler de lui car il parle d'un sujet un peu tabou : la prostitution d'une adolescente. La critique a été assez contrastée, certains jugeant le film trop voyeuriste ou carrément pornographique (comme le Nouvel Obs entre autres), d'autres affichant tout le contraire en présentant le film comme étant subtil et intelligent (comme Télérama par exemple).Personnellement, j'ai plus été du second avis tant le film ne donne, à aucun moment, de leçons ni d'explications sur le choix de cette adolescente. Pour esquiver l'argument financier (fait-elle ça pour l'argent ?), Ozon choisit de placer son personnage dans un contexte familial assez riche. Ainsi, le réalisateur écarte toute raison économique aux choix que va faire son adolescente. A mon sens, le film n'aurait rien perdu (sinon gagné en subtilité) à se situer dans un milieu moins bourgeois, mais ce côté tranché permet au moins au réalisateur de se débarrasser rapidement de cet aspect. Et c'est justement en se débarrassant de la moindre explication (nous n'entendrons jamais Isabelle, l'adolescente, s'expliquer sur ce choix) qu'Ozon tire toute la subtilité de son film. Les parents, tout comme le spectateur, ne comprennent pas et ne comprendront jamais. Ils ne peuvent qu'assister, impuissants, aux choix que va faire l'adolescente.De cette manière, le réalisateur évite tout aspect moralisateur ou bien-pensant en ne donnant pas de réponses à ce comportement. Le film va même plus loin en dessinant une autre réalité : ce pré-supposé problème de société (la prostitution adolescente - sujet qui fait de superbes reportages catastrophistes sur TF1) n'en est plus un dès lors que l'on se rend compte que le personnage n'en souffre pas, c'est son choix. Le problème est alors celui de l'acceptation des parents, ainsi que celle du spectateur (ainsi que, implicitement, celle de la société) : sommes-nous prêts à admettre ce fait ? Jeune et Jolie dépeint alors simplement le portrait des fantasmes d'une adolescente, mais aussi, de manière sous-jacente, ceux des hommes. Le tabou et le fantasme se rejoignent donc tout au long du film (qui ne fait preuve d'aucune pudeur) en abordant la notion du plaisir ou plutôt de son absence. Car c'est là que le film tire son parti pris : aucune scène choquante ou provocante, aucune scène montrant clairement qu'Isabelle tire un quelconque plaisir de ces expérimentations. Pour reprendre une des phrases de l'article de Télérama : Se pourrait-il que les expériences d'Isabelle n'aboutissent pas à la grande révélation physique plus ou moins attendue par le spectateur ? Le film se conclut sur une superbe scène où Ozon met côte à côte Isabelle (interprétée par Marine Vacth) et Charlotte Rampling. Le parallèle entre les deux femmes (que 50 années séparent à peu près dans le film) est incroyable tant la beauté et la prestance de Charlotte Rampling éclipsent Marine Vacth. Ici le fantasme de la jeunesse (point de départ du film) finit par s'effondrer et achève le travail d'Ozon : supprimer les idées reçues et les clichés.

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