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Ce billet, en deux parties (la seconde est ici) est une vision personnelle de la condition d'artiste plasticien en France. Il fait l'état de mon vécu, de mes débuts en tant qu'étudiant, de ma sortie des Beaux-Arts en 2011 et sur mon ressenti jusqu'à ce jour, soit environ 8 ans. « Et toi, tu fais quoi ? » Question piège, à laquelle j'ai toujours beaucoup de mal à répondre. Alors je déroule mon rituel : un petit silence de quelques secondes, une lente respiration, un sourire forcé, puis je réponds « alors moi c'est compliqué... » Pourquoi est-ce si compliqué d'avouer que l'on est artiste ? Pourquoi me sentirais-je gêné d'avouer ma véritable profession, puisqu'après tout j'ai les diplômes, le numéro de SIRET, j'ai tous les papiers qui prouvent légalement que je suis artiste plasticien, enregistré à la Maison des Artistes. En vérité ce malaise en cache un bien plus profond : la profession d'artiste plasticien n'existe pas vraiment en France.  Lorsqu'on choisit une filière artistique après le lycée, on est prévenu dès le départ « oulalaaaaa » nous disent les conseillers d'orientation, « oulalaaaa » nous disent nos parents, « oulalaaaa » nous dit la société en général.Oulalaaa parce que cette filière ne rentre dans aucune case, les conseillers ne savent pas quels documents nous donner pour nous aider à se vendre sur le marché du travail, les parents s'inquiètent de notre avenir, et c'est clairement un problème qui va se poser pour trouver sa place dans la société. Pourtant j'ai choisi le chemin le plus sûr en choisissant une école publique : un Master en poche et mes papiers d'affiliation à la maison des artistes validés, me voilà totalement en règle pour faire valoir mon métier d'artiste plasticien.  Et c'est là que les problèmes commencent...  Un peu de droit... Si l'on entend beaucoup parler des intermittents du spectacle qui s'indignent (et à raison) contre la destruction à petit feu de leur statut, il faut bien comprendre que pour les artistes plasticiens, le statut d'intermittence des artistes du spectacle fait office d'eldorado. Pour faire la lumière sur la précarité du régime social des artistes, passons en revue ce qu'il se passe lorsque ce dernier facture une création : Sur une vente d’œuvre ou une prestation artistique de 100€ la Maison des Artistes prélève directement à l'artiste (et non à au diffuseur, celui qui paye) au titre des charges sociales 12,20€ (sachant que ce montant a monté de plus de 2€ en deux ans seulement et que cela va augmenter).Sur ce prélèvement il faudra comprendre que les artistes sont imposables dès le premier euro (revenus déclarés au titres des BNC) et qu'il est impossible de déduire le moindre frais en régime micro BNC (le régime par défaut, sachant qu'il est possible de changer de régime mais la procédure n'est pas évidente et obscure). En me basant sur ma propre expérience de ces dernières années, sur 100€ que je facture je compte environ 30€ de frais réels (entre 10€ et 50€ de frais, cela varie réellement d'un projet à l'autre).En conclusion, si l'on prend en compte les charges de la MDA, les frais réels et les éventuels impôts, un artiste qui touche 100€ n'en voit qu'environ 50€ sur son compte en banque.  Les intermittents ont un système qui leur garantit, s'ils font leurs heures (ce qui est de plus en plus difficile avec les multiples réformes), une pseudo-sécurité des revenus en touchant un complément les mois où ils ne travaillent pas. Cela s'explique par un fait simple : les artistes du spectacle ont besoin de se former, de répéter, d'inventer de nouvelles choses et cela nécessite du travail, du temps, pendant lequel il faut bien manger. Les artistes plasticiens n'y ont absolument pas le droit. L'état ne considère pas que nous ayons besoin de temps pour réaliser nos œuvres, ou alors que nous n'avons pas besoin de manger, au choix. Autrement dit nous sommes obligés de trouver des sources financières tout au long de l'année, y compris les mois où les structures culturelles sont fermées. Si l'on ajoute à cela l'inexistence de réglementation ou de SMIC artistique, les plasticiens se retrouvent avec des offres de résidences rémunérées 300€ par mois ou des expositions à peine défrayées la plupart du temps. Entre magouilles, travail au noir et mois de complète disette, le statut d'artiste fait très probablement partie des plus précaires en matière de revenus financiers.  Un peu de social... Il y a un autre aspect de grande précarité dans le statut d'artiste plasticien : le régime de sécurité sociale. Le statut légal de plasticien donne accès à la cotisation retraite et à une sécurité sociale basique. En revanche il n'y a aucun accès à une couverture d'accident du travail ni même pour les assujetis (j'y reviendrais) aux congés maladie, parentaux ou tout autre forme dont peut jouir n'importe quel travailleur en France. C'est un statut classique de profession libérale : si t’es malade c’est ton problème ! Cependant, si un plasticien ne dépasse pas un certain montant dans l'année (8 487 € en 2013), il ne peut pas prétendre à être affilié à la Maison des Artistes et donc ne dispose d'aucune couverture sociale. C'est le statut d'assujettissement (il y a deux statut : affilié - couverture maladie et parentale - si on dépasse le plafond de 8 487 €, ou assujetti si ce plafond n'est pas dépassé). Vous avez mal au crâne ? C'est normal ! Les 16,50% de charges payées à la Maison des Artistes seront alors complètement perdues et surtout jamais remboursées. Ce fonctionnement, à la limite de la légalité est couvert par une administration floue, qui ne répond pratiquement jamais au téléphone et peut mettre plus de 8 mois à renvoyer un dossier qu'elle juge incomplet (je le sais, cela m'est arrivé). Je vous laisse aller faire un tour sur leur site et essayer de comprendre quelque chose du premier coup à ce dont ils parlent : http://www.lamaisondesartistes.fr/.  Un peu de littérature avec Kafka Les soucis légaux se sont encore corsés pour moi lorsque j'ai du pointer au Pôle Emploi durant quelques mois suite à la fin d'un CDD (que j'exerçais en même temps que mon activité artistique). Je me suis retrouvé dans une situation où plus je travaillais, plus je perdais d'argent. Le principe est simple, sur une allocation chômage forfaitaire, Pôle Emploi me retirait l'intégralité de ce que je touchais en tant qu'artiste plasticien. Normal me direz-vous ? Absolument pas ! Tout d'abord mes allocations chômage ont été calculées sur mes revenus salariés, mais sans prendre compte aucunement de mes revenus artistiques (c’est assez normal). Pourtant, dès lors qu'il fallait me verser du chômage, curieusement mes revenus d'artiste auteur étaient intégrés dans l'équation pour les retirer de ce que je touchais. Il y a là quelque chose de contradictoire. Ensuite, Pôle Emploi me retirait l'intégralité de mes revenus artistiques bruts (sans enlever les charges donc). Sur un mois où je devais toucher 900€ de chômage, si je percevais la même somme en tant qu'artiste je ne touchais rien de Pôle Emploi. Sauf que, comme je disais plus haut, il n'y avait que la moitié qui finissait sur mon compte, soit 450€. Difficile, même à Lorient, de vivre avec ça ! Lorsque j'ai exposé le problème à mon conseiller Pôle Emploi, j'ai eu une réponse très éloquente : « Et bien monsieur, il faut arrêter de travailler ! »Argument indiscutable... [EDIT] Suite à une information du CAAP, il semblerait que cette situation soit en partie illégale. Le Pôle Emploi, mal informé sur la question, a tendance a confondre les revenus d'artiste auteur avec d'autres types de revenus. Pourtant, les revenus perçus par un artiste au titre de droit d'auteur ne doivent pas être pris en compte. Pour les artistes concernés par le problème, il faut immédiatement contacter votre conseiller Pôle Emploi et lui exposer la situation. Pour plus de détails je vous recommande la lecture de l'article du CAAP : http://caap.asso.fr/spip.php?article229 .  Une petite anecdote supplémentaire : lorsqu'un artiste s'inscrit au Pôle Emploi, il doit cocher une case particulière sur le formulaire de demande d'enregistrement. Cette case indique qu'elle doit être cochée si le demandeur fait partie d'une des situations suivantes : artiste (nous), immigré récemment entré au pays ou détenu récemment libéré. Un bel exemple de là où la société nous place.  Pour conclure La forte dégradation sociale de ces dernières années (accélérée sous Nicolas Sarkozy, mais maintenue à pleine vapeur par le gouvernement actuel) a logiquement fait trinquer les couches les plus précaires de la population. L'entêtement absurde à s'aligner sur l'ultra-libéralisation Allemande (un pays où étrangement la précarité a le plus explosé ces dernières années) a forcé les gouvernements successifs à faire d'importants retours en arrière sociaux et a exposé les plus fragiles. C'est donc tout naturellement que les artistes, déjà balancés dans une absurdité juridique et sociale sans nom, ont vu très nettement leurs conditions de vie se dégrader. L'argent a disparu des centres d'art, les subventions tombent au compte goutte et le durcissement des régimes sociaux nous prend tous à la gorge. Aujourd'hui, il est strictement impossible pour un jeune artiste de vivre de son travail sans être salarié à côté ou trouver une source de financement parallèle (aide familiale, magouille, etc...). Il est clair qu'à ce rythme là, il n'y a plus aucun avenir pour le statut d'artiste plasticien. Le gouvernement ne semble pas comprendre que la culture fait partie d’un des secteurs les plus importants financièrement et est en train de faire mourir à petit feu ceux qui créent et entretiennent la culture française.  Voilà donc toutes les raisons qui font qu'aujourd'hui, lorsque l'on me demande ma profession, je ne sais pas réellement quoi répondre. Dois-je avouer, un peu gêné, que je suis artiste, c'est à dire une personne qui, aux yeux de la société, à la même valeur qu'un ancien détenu ? Dois-je avouer que je vis de magouilles sociales et de travail au noir ? Dois-je avouer que malgré les nombreuses heures de travail que je fournis (ni dimanche, ni vacances) je ne touche qu'à peine de quoi payer mon loyer ? Souvent, par facilité, je préfère donner mon second travail, mon job alimentaire : « Je suis graphiste » je dis, et c'est tout…   Pour ne pas finir sur une note négative, je tente dans une seconde partie de passer en revue les perspectives positives envisagées pour améliorer notre condition.

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Jeune et jolie est un film de François Ozon (8 femmes, Ricky, Potiche, Dans la maison, ... ), actuellement à l'affiche (sorti le 21 Août).  Ce film a beaucoup fait parler de lui car il parle d'un sujet un peu tabou : la prostitution d'une adolescente. La critique a été assez contrastée, certains jugeant le film trop voyeuriste ou carrément pornographique (comme le Nouvel Obs entre autres), d'autres affichant tout le contraire en présentant le film comme étant subtil et intelligent (comme Télérama par exemple).Personnellement, j'ai plus été du second avis tant le film ne donne, à aucun moment, de leçons ni d'explications sur le choix de cette adolescente. Pour esquiver l'argument financier (fait-elle ça pour l'argent ?), Ozon choisit de placer son personnage dans un contexte familial assez riche. Ainsi, le réalisateur écarte toute raison économique aux choix que va faire son adolescente. A mon sens, le film n'aurait rien perdu (sinon gagné en subtilité) à se situer dans un milieu moins bourgeois, mais ce côté tranché permet au moins au réalisateur de se débarrasser rapidement de cet aspect. Et c'est justement en se débarrassant de la moindre explication (nous n'entendrons jamais Isabelle, l'adolescente, s'expliquer sur ce choix) qu'Ozon tire toute la subtilité de son film. Les parents, tout comme le spectateur, ne comprennent pas et ne comprendront jamais. Ils ne peuvent qu'assister, impuissants, aux choix que va faire l'adolescente.De cette manière, le réalisateur évite tout aspect moralisateur ou bien-pensant en ne donnant pas de réponses à ce comportement. Le film va même plus loin en dessinant une autre réalité : ce pré-supposé problème de société (la prostitution adolescente - sujet qui fait de superbes reportages catastrophistes sur TF1) n'en est plus un dès lors que l'on se rend compte que le personnage n'en souffre pas, c'est son choix. Le problème est alors celui de l'acceptation des parents, ainsi que celle du spectateur (ainsi que, implicitement, celle de la société) : sommes-nous prêts à admettre ce fait ? Jeune et Jolie dépeint alors simplement le portrait des fantasmes d'une adolescente, mais aussi, de manière sous-jacente, ceux des hommes. Le tabou et le fantasme se rejoignent donc tout au long du film (qui ne fait preuve d'aucune pudeur) en abordant la notion du plaisir ou plutôt de son absence. Car c'est là que le film tire son parti pris : aucune scène choquante ou provocante, aucune scène montrant clairement qu'Isabelle tire un quelconque plaisir de ces expérimentations. Pour reprendre une des phrases de l'article de Télérama : Se pourrait-il que les expériences d'Isabelle n'aboutissent pas à la grande révélation physique plus ou moins attendue par le spectateur ? Le film se conclut sur une superbe scène où Ozon met côte à côte Isabelle (interprétée par Marine Vacth) et Charlotte Rampling. Le parallèle entre les deux femmes (que 50 années séparent à peu près dans le film) est incroyable tant la beauté et la prestance de Charlotte Rampling éclipsent Marine Vacth. Ici le fantasme de la jeunesse (point de départ du film) finit par s'effondrer et achève le travail d'Ozon : supprimer les idées reçues et les clichés.

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Dernier film des frères (et sœur) Wachowski (Matrix, V pour Vendetta, Speed Racer) ainsi que de Tom Tykwer (Cours, Lola cours), Cloud Atlas est un film de science-fiction en salles actuellement. Il s'agit aussi d'une adaptation du livre éponyme de David Mitchell sorti en 2004. Étant un fan inconditionnel des Wachowski (notamment pour la manière expérimentale dont ils traitent le cinéma numérique - je pense à Speed Racer) et ayant adoré Cours,  Lola cours (une course poursuite virevoltante en 3 temps avec un milliers d'idées à la seconde), je pensais trouver là une bonne association pour faire un film dans un des genre dont je raffole le plus : la SF. Au lieu de cela, j'ai assisté à une tambouille de référence de films déjà vus (et pas des plus récents), à peine cachées tellement il s'agit d'avantage de copie que de citation. Le scénario n'a rien de différent du film d'Aronowski, The Fountain, puisqu'il propose une vision à 6 époques différentes de la même histoire (pour rappel, The Fountain, proposait seulement 3 époques distinctes pour parler de l'amour éternel entre un homme et une femme - oui, le sujet est pompeux, mais le film avait le mérite d'être bien réalisé, ce qui le sauvait un peu visuellement).Ici on a doublé les époques, histoire de radoter encore plus et de faire s'éterniser le film sur 3 heures (sisi, 172 minutes il faut s'accrocher). D'ailleurs, même la musique de Cloud Atlas (pourtant présentée dans le film comme le chef d’œuvre d'un des personnages) n'arrive pas à la cheville de la magnifique bande originale de The Fountain composée par Clint Mansell. Le gentil, tout droit sorti d'un mangaBouh, il est laid, c'est un méchant ! Pour ce qui est de chaque époque, ce n'est sûrement pas là que je trouverai la moindre originalité. Un montage essaye de les mélanger afin de nous tenir en haleine durant ces 172 minutes (j'insiste, mais purée, c'est vraiment long). Je ne m'éterniserai pas sur les 4 premières époques : une nous présente un homme sur un navire négrier qui va changer d'avis sur l'esclavage parce que le bon noir lui sauve la vie (vous avez dit cliché ?), une autre tente de nous faire suivre la carrière d'un compositeur qui délivre l’œuvre de sa vie avant de se suicider (sur font pseudo-romantique style feuilleton FR3), le troisième propose une affaire de démantèlement de conspiration (avec pour thème "le nucléaire c'est mieux que le pétrole, c'est l'avenir" - il doivent bien se marrer à Fukushima) et le dernier raconte l'histoire de petits vieux qui se font la belle de leur asile (à la limite on peut rire, mais à condition de ne pas s'être endormi, car -je ne suis pas sûr d'en avoir parlé mais- le film dure 3h). La 5ème époque se passe en 2100 (et quelques) et n'est ni plus ni moins qu'une flagrante copie scénaristique de l'excellent Soleil Vert (qui date de 1973 tout de même - je le recommande au passage)  ainsi que Blade Runner (1982) pour les décors (mais là c'est faire beaucoup trop d'honneur à Cloud Atlas car franchement les décors de la ville en 3d sont simplement hideux - on dirait une espèce de rendu d'un vieux jeu vidéo, guère mieux ). Le design des personnages est quand à lui copié sur Equilibrium (2002 - qui doit être copié d'un autre film -plus ancien- car c'est trop récent, je suis surpris de voir une référence si jeune). Bref, rien de nouveau à l'horizon, voire même pire : on tombe dans le cliché de la ville futuriste toute bleue avec des voitures volantes qui font "FUUUUUU" car c'est trop cool le futur. 31 ans d'écart et aucune différence La dernière époque est quand à elle une copie (in)parfaite d'Absolom 2022 (un film de science fiction de 1994 qui se passe sur une île-prison infestée de cannibales) sur fond post-apocalyptique à la Planète des singes (là encore c'est récent : 1968). Le jeu des 7 erreurs... Autant de références dont Cloud Atlas n'arrive jamais à atteindre la cheville, tant il se vautre dans les clichés (l'étoile filante dans le ciel, dernière image du film, enterre définitivement à la hache tout espoir d'originalité) et dans le bien pensant (les gentils sont toujours gentils à travers les époques, idem pour les méchants, destinés à être vilains jusqu'à la fin des temps). Même les références choisies (malgré leur grande qualité pour certains films) ne sont plus toutes jeunes et dessinent au final un motif vieillot et poussiéreux. Au final, voilà un film qui n'a rien à dire et qui tente de se sauver en faisant de la citation à tout va. Non, je suis déçu, surtout après les films qu'ont fait les 3 réalisateurs(trices) auparavant, c'est réellement incroyable d'assister à si peu d'inventivité, d'originalité. Il n'y a aucune recherche cinématographique (mince après Speed Racer comment peut-on faire ça ?) ni scénaristique. Et au fait, j'ai déjà dit que c'était long 172 minutes ?

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Bonjour à toutes et à tous. Je suis allé voir, par le plus grand des hasards, le film Renoir, au cinéma récemment. Ce film est, d'après moi, un échec.  Je m'explique. Pour commencer, je vais parler de l'image, car, en droit d'attendre un film haut en couleur faisant référence aux peintures du maître, il ne se passe rien. Il n'y a aucune recherche, graphique ou stylistique qu'il soit. Les couleurs sont fades, peu travaillées et insipides. Alors qu'il y aurait un parti à prendre sur ce point de vue, concernant un biopic (qui finalement n'en n'est pas un), qui aurait pu être intéressant voire ludique et même éducatif, on se retrouve à regarder une suite d'images plus mal construites les unes que les autres, où parfois le réalisateur s'essaie à faire quelques élucubrations et tentatives pseudos inspirées par l'œuvre du peintre, mais elles tombent directement dans l'oubli par un montage décevant et trivial. Ces tentatives expérimentales ne mènent nul-part et en deviennent risibles. Justement, le montage, qu'on pourrait volontiers qualifier de léger, "telle la touche du peintre", dénote au maximum une fainéantise accrue insultant, à la limite, les possibilités techniques et visuelles du 7ème art et de son analogie à la peinture. On débute le film par un suivi caméra du personnage principal féminin où le flou s'installe avec une certaine justesse de référence au sujet, mais il est vite mis en marge dès la séquence suivante et finalement totalement oublié.  Parlons un peu des personnages, mais surtout des acteurs. Pitié, une ribambelle de fausses notes du début à la fin. Les acteurs ne sont tout simplement pas crédibles (excepté Michel Bouquet qui, il faut le dire, maîtrise très bien son personnage (Renoir père) ainsi que Thomas Doret (Coco Renoir, "le petit dernier") la révélation du film), ils semblent être à peine les esquisses de ce qu'ils aurait du être. Ils sont pâles à la manière d'un sitcom avec une mention spéciale pour Christa Theret qui, dirait-on, est tout droit sortie d'un fantasme adolescent romanesque nous interprétant (qu'à moitié) l'émancipation de la femme en quête de liberté, mais ici sans ferveur ni volonté. Une de celle qui croit tout savoir, mais sans grande(s) conviction(s). C'est une mauvaise caricature de Louise Michelle ou de Simone de Beauvoir qui auraient été réactualisées au travers du corps et de l'esprit d'une ado blasée ayant trouvé le vérité absolu sur la vie. Mais finalement, à travers ses personnages le réalisateur Gilles Bourdos nous exprime très bien son regard sur le film : tout sur la forme mais rien dans le fond. Tout semble creux et les personnages ne viennent en aucun cas combler ce vide et cet ennui. Une petite preuve assez anecdotique et finalement très amusante, ce sont les "grandes phrases" de du Maître Renoir, tellement censées et intéressantes mais ici placées de manière à combler un manque d'approfondissement et un vide morbide. Ces citations (audibles dans la bande-annonce) ont été placées comme si le scénariste c'était dit : "tiens, il faudrait que je mette des citations qui feront mouche et qui résumeront en deux mots la peinture de Renoir". Mais non, ça ne marche pas, c'est de l'imposture et une manière de prendre le spectateur pour un d'inculte (ce qu'est ce film) et un idiot. "Une petite citation du peintre et hop je m'attire les liesses du public". Voilà ce qu'est ce film, la vulgarisation d'un contexte, d'un art et de personnages ; un résumé plus que douteux et faussement inspiré, comme les mauvais poètes du XIXème siècle croyant écrire, inspirés par une muse (inexistante), en quelques secondes, la meilleure poésie jamais connue.  Mais au travers de cette diatribe, il y a tout même des points positifs. Oui je sais, ça surprend. La légèreté tant recherchée (jamais trouvée, sauf) est parfois présente, trop inégalement, dans la fraîcheur des décors provençaux qui nous enferment de temps en temps dans un bien être visuel. On s'imagine dans la chaleur d'un été dans les quelques secondes où les personnages ne font pas intrusion dans les plans de nature. Le huis-clos, tout de même très aéré nous fait parvenir assez justement l'aspect familial positif et chaleureux que, je dois avouer, la réalisateur à su, parfois, bien saisir et transmettre.  Malheureusement dans ce diaporama de photos de familles et de cartes postales de la Côte D’azur, l'ambiance sonore manquant, l'immersion peine à venir et nous quitte définitivement par les échecs précédemment cités. 

Affiche Renoir

dans Découvertes (3)

Une chronique cinéma pour traiter d'un film actuellement au cinéma, le nouveau James Bond : Skyfall. Avant de parler de ce 23ème opus, je voudrais revenir sur le nouveau cycle entamé avec l'arrivée de Daniel Craig (le 6ème acteur à interpréter James Bond), qui correspond, selon moi à une cassure nette avec le genre vieillissant et moribond de la licence 007. Un flingue, des femmes, des voitures, un Bondet une légère dose de testostérone Avant Casino Royale (qui est le premier film du nouveau cycle avec Daniel Craig), je voyais les films de James Bond plus comme une sorte d'hommage nostalgique à l'époque de la guerre froide. Le schéma classique du bloc de l'est affrontant celui de l'ouest était, même avec les films interprétés par Pierce Brosnan, la trame narrative classique de tous ces opus. Jusqu'alors Bond représentait un agent secret dans ce qu'il a de plus "classe" : belles voitures, beaux costumes, un dragueur hors pair, toujours avec un verre de Martini-vodka (mélangé au shaker, pas à la cuillère), se débarrassant de ses ennemis avec un coup de révolver, sans effusion de sang. L'image de Bond était donc presque celle d'un super héros, symbole ultra-machiste d'un homme, un vrai, riche, fort séduisant et intelligent qui sauve le monde. Le problème avec cette image c'est qu'elle a réellement fait son temps. Déjà la scission est-ouest n'existe plus, ensuite le schéma machiste véhiculé par Bond est réellement devenu cliché voire kitch. Même si j'ai toujours autant de plaisir à regarder les anciens 007 (ça dépend, il y en a aussi de très mauvais), j'avoue que ce type de scénarios devient, à force, lassant. Par ailleurs, l'arrivée de licences concurrentes, nettement plus "fraiches", telles que la trilogie Jason Bourne (la mémoire dans la peau, la mort dans la peau, la vengeance dans la peau) ont réellement mis James Bond au placard, dans la catégorie "antiquités à dépoussiérer de temps à autre". C'est alors que sort, en 2006, Casino Royale, premier volet du cycle Daniel Craig, qui casse littéralement les codes de l'agent 007 et ce pour plusieurs raisons. Le choix de l'acteur. Daniel Craig possède un physique très différent des précédents acteurs qui ont incarné Bond. Il est trapu, c'est une masse, c'est un ours. Son visage, avec ses deux yeux d'un bleu intense, entre en contraste avec son corps. Il est le symbole de ce nouveau Bond : moins classe, plus animal et très énigmatique. A l’inverse de Brosnan, il ressemble plus à un gros rustre qu'à un mannequin. Le cliché de l'agent secret très select qui tue proprement ne peut absolument pas s'appliquer avec cet acteur. Il ressemblerait presque à un acteur russe que l'on aurait pu retrouver en tant que méchant dans un des anciens films de James Bond. Un agent plus tellement classe La première scène de Casino Royale annonce la couleur : le nouveau Bond tue un homme de manière très brutale à mains nues, bien loin de l'image que l'on peut avoir de l'agent éliminant sa cible avec un silencieux. Toujours dans Casino Royale, notre agent joue au poker et se fait littéralement dépouiller par ses adversaires en se faisant avoir par l’appât du gain. Il perd aussi sa voiture de la même manière : là où Brosnan détruisait son véhicule en la dirigeant avec son téléphone contre des dizaines de méchants (Demain ne meurt Jamais), Craig perd le contrôle de son Aston Martin avec un coup de volant mal placé et fait une dizaine de tonneaux tout seul. Bond - Vodka-Martini Serveur - Au Shaker ou à la cuillère ? Bond - Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Une scène mythique de Casino Royale (bond vient de perdre lamentablement au poker) Un rapport avec les femmes plus ambigü Même si le cliché du tombeur de femmes n'a pas disparu avec Daniel Craig (il poursuit le palmarès de ses prédécesseurs avec une bonne moyenne de 2 à 3 femmes par film), son rapport a quelque peu changé. D'abord dans Casino Royale, vers la fin du film, il se laisse séduire par une femme et va même jusqu'à demander sa démission pour la suivre. Il s'avèrera par la suite qu'elle le manipule de long en large et qu'il s'est totalement fait rouler dans la farine. Il prend par là une direction beaucoup plus faible : le tombeur de femmes se laisse séduire et montre une véritable vulnérabilité qui va presque jusqu'à lui coûter la vie. Dans Skyfall, le rapport va même plus loin. Javier Bardem (qui interprète le méchant), fait des propositions plus que douteuses à Bond en lui faisant allusion à ce qu'il pourrait découvrir s'il s’adonnait à l'homosexualité. Bond lui répond aussitôt "Qu'est-ce qui vous fait penser que c'est ma première fois ?". Les gadgets inexistants ou presque Les précédents Bond avaient parfois réussi à friser la pure science fiction avec des gadgets hallucinants, mais on se souviendra surtout des derniers films qui ne dérogeaient pas à la scène de présentation des nouveaux gadgets présentés par Q. Les voitures regorgeaient de trouvailles (dans Demain ne meurt Jamais il peut piloter sa voiture avec son vieux téléphone couleur, ça a très mal vieilli du coup) et de trucs qui étaient forcément utilisés à un moment ou un autre, si bien qu'on pouvait deviner le scénario du film en fonction de la liste de gadgets annoncés au début. A partir de Casino Royale, les gadgets sont presque totalement supprimés. D'ailleurs une scène de Skyfall donne une très bonne explication : le nouveau Q (l'acteur aux cheveux blancs qui interprétait Q étant mort, il a été remplacé par un petit jeune, un geek \o/) donne juste un pistolet à Bond (je n'ai pas le film sous la main, les dialogues ne sont pas exacts) : Bond - c'est tout ? Q - Oui, vous auriez voulu un stylo qui explose ou un truc du genre ? Bond - ... Q - On ne fait plus ça c'est fini maintenant ! En conclusion je dirai que ce nouveau cycle de Bond fait tout son possible pour détruire les clichés vieillots de la licence en proposant un personnage beaucoup plus animal, mais dont la psychologie se dessine beaucoup mieux. C'est donc un James Bond contemporain, débarrassé des clichés et du superflu (gadgets, paillettes et autres kitcheries), remis dans un contexte socio-politique moderne que Craig interprète. Tout en gardant ce qui fait l'essence même de l'agent 007 (les missions à risque, la baston, le costume 3 pièces avec nœud papillon et le flegme britannique de Bond) ces trois films remettent au goût du jour ce personnage. Et pour Skyfall... Attention, si vous n'avez pas vu le film arrêtez-vous là ! La suite risque de vous dévoiler des passages clés du film (et la fin)... Je terminerai ce long billet par dire que j'ai vraiment adoré Skyfall, tout en restant dans la lignée d'un Bond contemporain, il va plus loin en situant l'action en Angleterre, la terre natale et la nation de l'agent 007. Ainsi, le spectateur revient aux sources de James Bond, en allant jusqu'à découvrir certaines choses sur son enfance. On y voit ainsi un Bond en pleine gueule de bois, moitié alcoolique, il tremble, il a les genoux en bouillie, ce n'est plus qu'un fossile qui a besoin de revenir aux sources pour reprendre un nouveau départ. Il est confronté à de nouveaux arrivants dans l'équipe (le jeune qui remplace Q est non seulement brillant, mais semble bien plus cultivé et intelligent que Bond, bien que moins expérimenté), ce qui secoue un peu notre agent. Pour moi, la fin du film signe magnifiquement cette volonté de tout recommencer : la mort de M (en quelque sorte la Maman de Bond) est clairement la volonté de redonner à James Bond une nouvelle vie d'adulte, il va devoir reconstruire son identité presque à partir de zéro (même la vieille voiture qu'il avait conservée, symbole de son lien aux anciens films de la saga, est complètement détruite). Maintenant que cette transition est terminée, j’attends donc avec impatience le prochain volet qui devrait, je l'espère, recréer un nouveau mythe sur les cendres encore fumantes de cette saga, décidément immortelle. Et vous qu'en avez-vous pensé ? Êtes-vous séduit par cette nouvelle direction que prend notre agent cinquantenaire (le premier film date de 1962), ou regrettez-vous ce changement ?

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