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Informations pratiques, idées à faire passer.

Cela fait plusieurs temps que nous entendons parler du projet de réforme de retraite des artistes auteurs annoncé le 5 mai 2014. Et voilà que la publication a été faite au Journal officiel du 30 décembre 2015 d’un décret définissant les règles qui s’appliquent au régime de Retraite complémentaire obligatoire des Artistes Auteurs Professionnels (RAAP) à compter du 1er janvier 2016. Pour les cotisants, les effets de cette réforme se feront sentir à partir de l’année 2017, lorsque seront appelées les cotisations portant sur les revenus 2016. Le décret vise à modifier les modalités de calcul des cotisations pour la retraite complémentaire obligatoire. L'Association Multi-Prises soutient le mouvement de protestation des artistes-auteurs contre ce décret du 30 décembre 2015 portant sur la retraite complémentaire obligatoire (RAAP/IRCEC). Décret promulgué, en catimini, contre l'avis de la quasi totalité des organisations professionnelles. L'Association Multi-Prises encourage à signer cette pétition qui demande la ré-ouverture des négociations sur le RAAP mais aussi l'amélioration du régime social de base des artistes-auteurs. SIGNER LA PÉTITION ICI : POUR L’ABROGATION DU DÉCRET RAAP/IRCEC Le décret lui-même est ici   Comme n'a pas cessé de le dire et de l’écrire le SNAP-CGT, le CAAP, le SELF, le SNAA-FO, le SNAC, le SNSP et l’UNPI : "s’agissant du régime de retraite complémentaire des artistes-auteurs, il était bien évidemment impératif de tenir compte à la base de la spécificité des revenus des artistes-auteurs (précarité, variabilité, répartition) pour concevoir une réforme sans heurt, ni préjudice. Les artistes-auteurs, soucieux de leur retraite pour l’avenir et de leur survie dans le présent, veulent pouvoir cotiser plus les bonnes années et moins les mauvaises années. Ce souhait partagé relève du simple bon sens. Cela implique des taux progressifs selon le revenu (de 4 à 12% par exemple) et non un taux unique à 8%. Le régime général lui-même prévoit - en toute logique - des taux par tranches de revenus. " Extrait de l'article IRCEC-RAAP, RETRAITE COMPLEMENTAIRE DES ARTISTES AUTEURS (17) : LE PASSAGE EN FORCE DE LA RÉFORME HARA-KIRI contre l’avis de la quasi-totalité des organisations professionnelles d’artistes-auteurs, publié le 13 janvier 2016 par le Comité des Artistes-Auteurs Plasticiens (CAAP) Qu'est-ce que le RAAP? Le régime de retraite complémentaire des artistes et auteurs professionnels. L’IRCEC est la caisse nationale de retraite des artistes auteurs. Elle gère les régimes de retraite complémentaire et obligatoire (RCO) des artistes auteurs. Elle est dotée de la personnalité morale et pour cela, appelle et encaisse les cotisations pour le compte des régimes. La Caisse couvre à travers ses trois régimes – le RAAP, le RACD et le RACL – près de 50 000 artistes auteurs.  Selon la nature de leur activité, les artistes auteurs cotisent à un ou plusieurs de ces régimes de retraite complémentaire en même temps qu’ils sont affiliés au régime général de sécurité sociale (retraite de base et couverture santé) qui est géré par l’Agessa ou par la Maison des artistes. Les trois régimes complémentaires gérés par la caisse IRCEC fonctionnent selon un système de points. À un montant de cotisation réglé par l'auteur, correspond un nombre de points acquis. Le montant annuel de la retraite est égal au nombre de points acquis multiplié par la valeur du point (valeur revue chaque année). Le régime de retraite complémentaire RAAP permet à l'artiste auteur de moduler le montant de ses cotisations et donc le montant de sa future pension de retraite complémentaire. Qui cotise au RAAP? Le RAAP est un régime de retraite complémentaire commun à tous les artistes auteurs et soumis à un seuil d’affiliation. Tous les artistes auteurs, résidant fiscalement en France et dans les D.O.M peuvent relever du RAAP. En 2016, les artistes auteurs cotisent obligatoirement dès lors que leurs revenus 2015 ont atteint le seuil d’affiliation : Les auteurs graphiques, plastiques, photographiques, écrivains ou traducteurs littéraires, illustrateurs et photographes des livres, cotisent obligatoirement dès lors que leurs revenus 2014 ont au moins été de 8.649 € ; Les auteurs dramatiques, auteurs de spectacle vivant, auteurs compositeurs d’œuvres musicales ou auteurs de films cotisent obligatoirement dès lors que leurs redevances brutes de droits d’auteur 2015 ont au moins été de 8.649 € ; Les artistes auteurs assujettis, qui relèvent du régime général de Sécurité sociale géré par l’Agessa ou par la Maison des Artistes, peuvent également cotiser volontairement à l’IRCEC, sous certaines conditions, si leurs revenus sont inférieurs au seuil d’affiliation. Que signifie la réforme du RAAP? Ce que cela va changer? Le décret d’application de la réforme de la retraite complémentaire obligatoire des artistes-auteurs entérine le passage d’un système par classes optionnelles à un taux de cotisation proportionnel aux revenus artistiques. À partir du 1er janvier 2016, les cotisations de retraite complémentaire sont calculées proportionnellement au montant du revenu artistique de l’année précédente au taux de 8%. Extrait de la pétition intersyndicale en ligne lancé le 4 mai 2015 par sept syndicats d’artistes-auteur-e-s (SNAP-CGT, le CAAP, le SELF, le SNAA-FO, le SNAC, le SNSP et l’UNPI) pour protester contre le passage sans transition ni aménagement de l’IRCEC/RAAP : " Le taux que le RAAP veut imposer conduit, pour la très grande majorité des cotisants actuels, à une augmentation conséquente de leurs cotisations. Tel que prévu, cette réforme bouleverse l’économie de mon budget. Il représente 8 % de mes rémunérations annuelles, c'est-à-dire un mois de revenu. Quel travailleur peut supporter sans dommage une telle diminution de ses revenus ? La question de ma retraite me préoccupe. Je n’ignore pas la nécessité de cotiser pour me constituer des droits à retraite significatifs, encore faut-il que je sois en mesure de payer ! Dans un contexte de précarisation croissante des métiers de la création, la chute de leurs rémunérations qui menace la pérennité de leur activité inquiète fortement les artistes auteurs. De fait, l’extrême irrégularité de mes revenus professionnels d’une année à l’autre ne me permet pas d’assumer un taux fixe de 8% en plus de mes autres cotisations sociales obligatoires (16,25%). " Ceci n'est qu'un bref aperçu du sujet, n'hésitez pas à en savoir beaucoup plus sur le site du Comité des Artistes-Auteurs Plasticiens (CAAP), et les sites SNAP-CGT, le SELF, le SNAA-FO, le SNAC, le SNSP et l’UNPI  

Suite et fin de la chronique en deux volets sur la situation des artistes plasticiens en France - La partie 1 est accessible ici Je pourrais laisser le constat s’arrêter là, déplorant une situation intenable et en râlant, peut-être même en allant manifester pour crier mon ras-le-bol, mais sans véritable constructivité. Alors je crois qu’après un tel constat, il est nécessaire que je donne mon avis, ou du moins que je tente d’apporter un éclaircissement sur ce qui peut être envisageable pour permettre aux artistes de pouvoir travailler dans des conditions décentes. J’insiste sur le fait que les éléments que je vais mettre en lumière sont des propositions entendues ici et là qui ont le mérite de lancer le débat sur la situation des artistes plasticiens et même plus généralement sur les artistes tout court. Ils ne constituent pas forcément de solution miracle et peuvent peut-être paraître difficile à mettre en place, mais au moins le débat est lancé.   Proposition n°1 : une intermittence généralisée au secteur de la création. Le plus gros souci évoqué dans l’article précédent est clairement la manière dont les artistes peuvent vivre les mois où les centres d’art sont fermés, où il est nécessaire de faire des recherches, le fameux temps de création dont les artistes du spectacle ont droit. Cette différence entre artistes plasticiens et artistes du spectacle est clairement inacceptable. Un plasticien peut lui aussi faire valoir des temps de résidence, expositions, ventes d’œuvres, etc… tout comme peut le faire un musicien. Permettre aux artistes de toucher une allocation d’intermittence, serait reconnaître avant tout que la création plastique n’est pas le fruit de quelques minutes de barbouillage sur une toile. Certains artistes peuvent mettre des années avant de réaliser des pièces, il est nécessaire de leur donner les moyens d’arriver à leurs fins.   Proposition n°2 : un revenu de base inconditionnel C’est une proposition qui ne concerne pas que les artistes, mais qui est un véritable débat de société (entre autres en Belgique où le pays y réfléchit fortement). Le revenu de base inconditionnel consiste à une allocation fixe distribuée à tous les citoyens majeurs sans aucune distinction. Lorsqu’un individu travaille, le revenu de base lui est retiré petit à petit en fonction de ses revenus mais de telle sorte qu’il y ait toujours un surplus financier. En contrepartie toute forme d’aide sociale complémentaire (APL, chômage, RSA, allocations, etc...) sont supprimées. Cela crée un gain administratif énorme, évite la fraude, l’injustice et les méandres de paperasserie. Les économies administratives sont conséquentes et peuvent - du moins en partie - compenser le surcoût d’une telle allocation. L’avantage d’un tel système est évident : il permet aux artistes (ou non artistes) d’être libres de prendre le temps de travailler sur une oeuvre sans contraintes financières fortes. C’est un projet extrêmement ambitieux, que je compare volontiers avec la mise en place des congés payés ou des congés maladie au début du XIXème siècle. Plus de détails : http://fr.slideshare.net/coisnephilippe/26-1212-bruno-monfort-dia   Proposition n°3 : une redevance numérique en faveur du secteur culturel Chaque foyer équipé d’un accès à Internet devrait payer une dizaine d’euros de redevance (un peu comme la TV) et serait libre de télécharger tout ce qu’il veut en toute légalité. Soit par un système d’échantillons de foyers témoins (comme la TV) soit par un outil d’analyse des tendances de recherche (outils extrêmement précis). L’ensemble de l’argent de la redevance serait réparti aux différents ayants droits ou artistes en fonction des téléchargements. Une réserve (par exemple 10%, le chiffre que j’avance est à titre indicatif) serait reversé équitablement à tout artiste ayant une influence trop faible pour être enregistré dans ces tendances.Jugé utopique par les ayants droits, c’est maintenant qu’un service ultra-rentable comme Netflix arrive en France que les majors et FAI déclarent que leur bouquet illimité à 10€ va être très prochainement disponible en France… Cette proposition serait en mesure de satisfaire en partie les ayants droits (oui les grosses majors et autres dinosaures de l’industrie du disque) tout en offrant une manne financière importante aux artistes. C’est un compromis acceptable, mais comme tout compromis il ne fait que reculer l’échéance d’une véritable remise en question de la rémunération des artistes. Source : http://www.tomshardware.fr/articles/P2P-redevance,1-28405.html   Proposition n°4 : cesser la récession, relancer l’innovation Sur une logique capitaliste, on ne fait pas remonter un avion qui tombe en coupant les gaz et en vidant le réservoir ! Il sera certes plus léger mais il tombera toujours (juste un peu moins vite). La politique d’austérité, largement calquée sur le système Allemand est une erreur hallucinante de bêtise. Comment l’emploi pourrait-il être relancé si les entreprises doivent se serrer la ceinture ? Comment ces même entreprises pourraient vendre leurs produits si les clients n’ont pas d’argent pour les acheter ?Pour la culture c’est exactement la même chose. On se plaint que les séries et films américains envahissent notre territoire au dépend des créations françaises. Mais comment les artistes pourraient-ils réaliser ces œuvres s’ils n’ont pas l’argent pour le faire ? Comment concurrencer une série comme House of Cards et ses 110 millions de dollars ? Il faut une volonté d’investissement culturel en France. Notre pays est le territoire des plus grands artistes, le cinéma est né en France, la nouvelle vague aussi, l’impressionnisme, le surréalisme, etc… Il existe dans ce pays une culture, une manne artistique inimitable, il suffit juste de lui donner les moyens d’exister. Et cela passe par des investissements financiers importants. La culture s’exporte bien et rapporte de l’argent, c’est une dépense qui portera ses fruits très rapidement. Cette proposition ne révolutionne rien sur le fonctionnement de société actuel et je doute qu’il y ait un véritable impact positif sur les artistes. L’avantage est qu’elle est tout à fait envisageable avec un gouvernement de gauche comme de droite, donc applicable pratiquement immédiatement. C’est la proposition la plus simple et rapide à mettre en place actuellement. Pour aller plus loin : http://www.slate.fr/story/92631/europe-mourir   Proposition n°5 : oublier l’académie et la monétisation artistique C’est un problème vieux comme le monde. On le sait, l’académie (au sens institution officielle qui reconnaît les artistes) a toujours de nombreuses années de retard en ce qu’il s’agit de reconnaître un travail artistique. On cite souvent le cas de Van Gogh qui n’a été reconnu qu’après sa mort, mais aujourd’hui la situation n’a pas tellement évolué. Les artistes qui proposent des choses vraiment originales ne peuvent pas entrer dans l’académie parce qu’ils créent souvent des œuvres qui ne s’exposent pas ou ne passent pas les portes des galeries (au sens propre comme au sens figuré). A l’inverse, les artistes connus et largement exposés se retrouvent dans des situations absurdes. Certains rachètent leurs propres œuvres pour ne pas faire baisser leur côte, d’autres reproduisent indéfiniment leurs premières créations sans jamais se réinventer, bref, le problème soulevé ici est clairement celui du marché de l’art.Le fait de mettre un prix sur une œuvre la baisse au rang de simple produit de consommation (ou de capitalisation lorsqu’elle est achetée pour la revendre plus tard). Il faut que les artistes cessent de penser que leur survie passe uniquement par la vente d’œuvres. Je ne dis pas que la vente de pièces est quelque chose de mal, mais cela ne doit pas être une finalité. Un artiste ne doit pas devenir dépendant de ses productions (ou de ses résidences), sans quoi il se met dans une dynamique productiviste et perd petit à petit ce qui fait le travail artistique : la liberté.   Voici une liste non exhaustive qui tente de faire le tour des différentes solutions. Et vous, qu'en pensez-vous ?Avez-vous d'autres propositions à faire venir figurer sur cette liste ? Des remarques, suggestions ? N'hésitez pas à en parler dans les commentaires !

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Ce billet, en deux parties (la seconde est ici) est une vision personnelle de la condition d'artiste plasticien en France. Il fait l'état de mon vécu, de mes débuts en tant qu'étudiant, de ma sortie des Beaux-Arts en 2011 et sur mon ressenti jusqu'à ce jour, soit environ 8 ans. « Et toi, tu fais quoi ? » Question piège, à laquelle j'ai toujours beaucoup de mal à répondre. Alors je déroule mon rituel : un petit silence de quelques secondes, une lente respiration, un sourire forcé, puis je réponds « alors moi c'est compliqué... » Pourquoi est-ce si compliqué d'avouer que l'on est artiste ? Pourquoi me sentirais-je gêné d'avouer ma véritable profession, puisqu'après tout j'ai les diplômes, le numéro de SIRET, j'ai tous les papiers qui prouvent légalement que je suis artiste plasticien, enregistré à la Maison des Artistes. En vérité ce malaise en cache un bien plus profond : la profession d'artiste plasticien n'existe pas vraiment en France.  Lorsqu'on choisit une filière artistique après le lycée, on est prévenu dès le départ « oulalaaaaa » nous disent les conseillers d'orientation, « oulalaaaa » nous disent nos parents, « oulalaaaa » nous dit la société en général.Oulalaaa parce que cette filière ne rentre dans aucune case, les conseillers ne savent pas quels documents nous donner pour nous aider à se vendre sur le marché du travail, les parents s'inquiètent de notre avenir, et c'est clairement un problème qui va se poser pour trouver sa place dans la société. Pourtant j'ai choisi le chemin le plus sûr en choisissant une école publique : un Master en poche et mes papiers d'affiliation à la maison des artistes validés, me voilà totalement en règle pour faire valoir mon métier d'artiste plasticien.  Et c'est là que les problèmes commencent...  Un peu de droit... Si l'on entend beaucoup parler des intermittents du spectacle qui s'indignent (et à raison) contre la destruction à petit feu de leur statut, il faut bien comprendre que pour les artistes plasticiens, le statut d'intermittence des artistes du spectacle fait office d'eldorado. Pour faire la lumière sur la précarité du régime social des artistes, passons en revue ce qu'il se passe lorsque ce dernier facture une création : Sur une vente d’œuvre ou une prestation artistique de 100€ la Maison des Artistes prélève directement à l'artiste (et non à au diffuseur, celui qui paye) au titre des charges sociales 12,20€ (sachant que ce montant a monté de plus de 2€ en deux ans seulement et que cela va augmenter).Sur ce prélèvement il faudra comprendre que les artistes sont imposables dès le premier euro (revenus déclarés au titres des BNC) et qu'il est impossible de déduire le moindre frais en régime micro BNC (le régime par défaut, sachant qu'il est possible de changer de régime mais la procédure n'est pas évidente et obscure). En me basant sur ma propre expérience de ces dernières années, sur 100€ que je facture je compte environ 30€ de frais réels (entre 10€ et 50€ de frais, cela varie réellement d'un projet à l'autre).En conclusion, si l'on prend en compte les charges de la MDA, les frais réels et les éventuels impôts, un artiste qui touche 100€ n'en voit qu'environ 50€ sur son compte en banque.  Les intermittents ont un système qui leur garantit, s'ils font leurs heures (ce qui est de plus en plus difficile avec les multiples réformes), une pseudo-sécurité des revenus en touchant un complément les mois où ils ne travaillent pas. Cela s'explique par un fait simple : les artistes du spectacle ont besoin de se former, de répéter, d'inventer de nouvelles choses et cela nécessite du travail, du temps, pendant lequel il faut bien manger. Les artistes plasticiens n'y ont absolument pas le droit. L'état ne considère pas que nous ayons besoin de temps pour réaliser nos œuvres, ou alors que nous n'avons pas besoin de manger, au choix. Autrement dit nous sommes obligés de trouver des sources financières tout au long de l'année, y compris les mois où les structures culturelles sont fermées. Si l'on ajoute à cela l'inexistence de réglementation ou de SMIC artistique, les plasticiens se retrouvent avec des offres de résidences rémunérées 300€ par mois ou des expositions à peine défrayées la plupart du temps. Entre magouilles, travail au noir et mois de complète disette, le statut d'artiste fait très probablement partie des plus précaires en matière de revenus financiers.  Un peu de social... Il y a un autre aspect de grande précarité dans le statut d'artiste plasticien : le régime de sécurité sociale. Le statut légal de plasticien donne accès à la cotisation retraite et à une sécurité sociale basique. En revanche il n'y a aucun accès à une couverture d'accident du travail ni même pour les assujetis (j'y reviendrais) aux congés maladie, parentaux ou tout autre forme dont peut jouir n'importe quel travailleur en France. C'est un statut classique de profession libérale : si t’es malade c’est ton problème ! Cependant, si un plasticien ne dépasse pas un certain montant dans l'année (8 487 € en 2013), il ne peut pas prétendre à être affilié à la Maison des Artistes et donc ne dispose d'aucune couverture sociale. C'est le statut d'assujettissement (il y a deux statut : affilié - couverture maladie et parentale - si on dépasse le plafond de 8 487 €, ou assujetti si ce plafond n'est pas dépassé). Vous avez mal au crâne ? C'est normal ! Les 16,50% de charges payées à la Maison des Artistes seront alors complètement perdues et surtout jamais remboursées. Ce fonctionnement, à la limite de la légalité est couvert par une administration floue, qui ne répond pratiquement jamais au téléphone et peut mettre plus de 8 mois à renvoyer un dossier qu'elle juge incomplet (je le sais, cela m'est arrivé). Je vous laisse aller faire un tour sur leur site et essayer de comprendre quelque chose du premier coup à ce dont ils parlent : http://www.lamaisondesartistes.fr/.  Un peu de littérature avec Kafka Les soucis légaux se sont encore corsés pour moi lorsque j'ai du pointer au Pôle Emploi durant quelques mois suite à la fin d'un CDD (que j'exerçais en même temps que mon activité artistique). Je me suis retrouvé dans une situation où plus je travaillais, plus je perdais d'argent. Le principe est simple, sur une allocation chômage forfaitaire, Pôle Emploi me retirait l'intégralité de ce que je touchais en tant qu'artiste plasticien. Normal me direz-vous ? Absolument pas ! Tout d'abord mes allocations chômage ont été calculées sur mes revenus salariés, mais sans prendre compte aucunement de mes revenus artistiques (c’est assez normal). Pourtant, dès lors qu'il fallait me verser du chômage, curieusement mes revenus d'artiste auteur étaient intégrés dans l'équation pour les retirer de ce que je touchais. Il y a là quelque chose de contradictoire. Ensuite, Pôle Emploi me retirait l'intégralité de mes revenus artistiques bruts (sans enlever les charges donc). Sur un mois où je devais toucher 900€ de chômage, si je percevais la même somme en tant qu'artiste je ne touchais rien de Pôle Emploi. Sauf que, comme je disais plus haut, il n'y avait que la moitié qui finissait sur mon compte, soit 450€. Difficile, même à Lorient, de vivre avec ça ! Lorsque j'ai exposé le problème à mon conseiller Pôle Emploi, j'ai eu une réponse très éloquente : « Et bien monsieur, il faut arrêter de travailler ! »Argument indiscutable... [EDIT] Suite à une information du CAAP, il semblerait que cette situation soit en partie illégale. Le Pôle Emploi, mal informé sur la question, a tendance a confondre les revenus d'artiste auteur avec d'autres types de revenus. Pourtant, les revenus perçus par un artiste au titre de droit d'auteur ne doivent pas être pris en compte. Pour les artistes concernés par le problème, il faut immédiatement contacter votre conseiller Pôle Emploi et lui exposer la situation. Pour plus de détails je vous recommande la lecture de l'article du CAAP : http://caap.asso.fr/spip.php?article229 .  Une petite anecdote supplémentaire : lorsqu'un artiste s'inscrit au Pôle Emploi, il doit cocher une case particulière sur le formulaire de demande d'enregistrement. Cette case indique qu'elle doit être cochée si le demandeur fait partie d'une des situations suivantes : artiste (nous), immigré récemment entré au pays ou détenu récemment libéré. Un bel exemple de là où la société nous place.  Pour conclure La forte dégradation sociale de ces dernières années (accélérée sous Nicolas Sarkozy, mais maintenue à pleine vapeur par le gouvernement actuel) a logiquement fait trinquer les couches les plus précaires de la population. L'entêtement absurde à s'aligner sur l'ultra-libéralisation Allemande (un pays où étrangement la précarité a le plus explosé ces dernières années) a forcé les gouvernements successifs à faire d'importants retours en arrière sociaux et a exposé les plus fragiles. C'est donc tout naturellement que les artistes, déjà balancés dans une absurdité juridique et sociale sans nom, ont vu très nettement leurs conditions de vie se dégrader. L'argent a disparu des centres d'art, les subventions tombent au compte goutte et le durcissement des régimes sociaux nous prend tous à la gorge. Aujourd'hui, il est strictement impossible pour un jeune artiste de vivre de son travail sans être salarié à côté ou trouver une source de financement parallèle (aide familiale, magouille, etc...). Il est clair qu'à ce rythme là, il n'y a plus aucun avenir pour le statut d'artiste plasticien. Le gouvernement ne semble pas comprendre que la culture fait partie d’un des secteurs les plus importants financièrement et est en train de faire mourir à petit feu ceux qui créent et entretiennent la culture française.  Voilà donc toutes les raisons qui font qu'aujourd'hui, lorsque l'on me demande ma profession, je ne sais pas réellement quoi répondre. Dois-je avouer, un peu gêné, que je suis artiste, c'est à dire une personne qui, aux yeux de la société, à la même valeur qu'un ancien détenu ? Dois-je avouer que je vis de magouilles sociales et de travail au noir ? Dois-je avouer que malgré les nombreuses heures de travail que je fournis (ni dimanche, ni vacances) je ne touche qu'à peine de quoi payer mon loyer ? Souvent, par facilité, je préfère donner mon second travail, mon job alimentaire : « Je suis graphiste » je dis, et c'est tout…   Pour ne pas finir sur une note négative, je tente dans une seconde partie de passer en revue les perspectives positives envisagées pour améliorer notre condition.

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Vous imaginez bien que je pourrais parler de toute la saison, qui compte environ une quarantaine de spectacles en tout genres : cirque, musique, danse, théâtre, une pincée de cinéma, une bonne touche de contemporain et quelques grains de classique... Je vais donc volontairement me focaliser sur quelques perles, un choix subjectif mais il est, bien sûr, plus facile de parler de ce que l'on aime. La musique, beaucoup de musique classique comme à son accoutumée : Wagner, Mozart, Shubert, Malher, Schönberg... mais attention deux petites curiosités se sont glissées parmi les clavecins et autres instruments à poussières. Tout d'abord le célèbre " Pierre et Loup " de Prokofiev ( 12-13 décembre ), en quoi est-ce original me direz-vous ? Une version cuivrée évidemment, toute pleine de grandes notes jazzy, tout cela exécuté par Amazin Keystone Big Band. Un Pierre et le loup se baladant dans le Manhattan des années 50, cela a du en faire courir des rombières affolées. Enfin bref, pour continuer sur la seconde perle, si je vous dis Satie vous devez me répondre Gymnopédie...mais attention, certes il y aura de sa musique mais avant tout théâtralisée, une sorte d'étude de la musique satinienne dans Mémoires d'un amnésique (15, 16, 17 octobre).Pour finir sur la musique, malgré la richesse de la programmation, je ferais un petit aparté sur Cascadeur / Girls in Hawaii présent lors du Festival des Indisciplinées et qui se jouera au Grand Théâtre. Cascadeur c'est une sorte de pianiste / compositeur / chanteur à la voix de tête, déguisé en copie du méchant Turbo dans le film Le monde de Ralph qui fait de la pop planante à la Sigur Ros. Girls in Hawaii est un groupe de six musiciens belges qui surf sur la pop indie, vous pourrez retrouver tout ce petit monde le 10 novembre.    Ne partons pas très loin, on va s'occuper de la danse. Cette année encore il y aura du Charmatz pour les fans et du très contemporain avec Gisèle Vienne. Cette dernière va nous présenter, pas personnellement, une pièce intitulée " The pyre ". Alors là, attention, on prépare sa paire de lunettes de soleil car Gisèle, elle a fait un partenariat avec une compagnie d’électricité, sur scène des centaines de LEDS, vous noieront dans une expérience lumineuse sensorielle. Je vous conseille aussi les boules quiès car en plus de la lumière, il y aura de la bonne techno électro et du texte de Dennis Cooper. Une sorte de seringue d'adrénaline psychédélique peut-on dire. Petit aperçu ci-dessous.     Après le contemporain, parlons classique. Un ballet ça vous dit ? Au menu, il y a le Cendrillon de Maguy Marin (10-11 janvier) enfin quand je dis classique, ce n'en est pas vraiment. Ça m'a tout de suite fait penser à une future adaptation de Chucky, la poupée qui rencontre les Bisounours. Des poupées vivantes mais un peu édulcorées à la " it's a small, small world " de chez Disney versus l’Exorciste. Pour rappel, Maguy Marin est passée l'année dernière au Grand Théâtre avec May B et j'avais adoré. Très hâte de voir la suite donc !     Passons aux extras, du cirque avec Acrobates (13-14 novembre) et Qui-vive (15-16-17 décembre), des galipettes et de la magie à faire découvrir aux plus petits. Évidemment, je ne pouvais pas sauter Bartabas. Le Saint-Graal de cette programmation, le leitmotiv de la billetterie, Bartabas dans Golgota (28-29-30 novembre). Comment dire, du Flamenco, de la danse équestre, du clair-obscur, personnellement, j'ai déjà pris mes places.                            Autre trouvaille, Malec dans la ville (22 janvier), un ciné-concert pour les fans de Buster Keaton avec en improvisation musicale, l'école de musique de Lorient. Une réminiscence de l'ancien temps, ou le spectateur va vivre et la musique et l'histoire en temps réel comme au début du cinéma.    Pour finir, j'attaque le plus lourd. LE THÉÂTRE. Petite liste exhaustive : - Orphelins de Chloé Dabert ( du 29 sept au 3 oct ), huis-clos qui a fait parler de lui au festival d'émergences théâtrales Impatience.        - Tohu Bohu de Madeleine Louarn (du 7 au 10 octobre), toujours en compagnie de Catalys, compagnie d'adultes handicapés mentaux, rappel de Les oiseaux l'an passé.   - Elle brûle (du 13 au 15 janvier) huis-clos extrêmement réaliste sur une femme et sa vie de famille.   - Le malade imaginaire de Molière (du 03 au 05 février) version pop seventies.  - Novenceto (le 27 et 28 février) texte de Barricco et mis en scène par André Dussollier. " On jouait parce que l'Océan est grand, et qu'il fait peur, on jouait pour que les gens ne sentent pas le temps passer, et qu'ils oublient où ils étaient, et qui ils étaient. On jouait pour les faire danser, parce que si tu danses tu ne meurs pas, et tu te sens Dieu. "- Une adaptation Les particules élémentaires de Houellbecq (le 1er et 2 avril) qui s'est jouée au Festival d'Avignon l'an passé.             - En parlant d'Avignon, Olivier Py présentera Orlando ou l'impatience (le 5 et 6 mai) une version aux allures de promenade New-yorkaise.             Pour terminer, je m’arrêterais sur Blanche-Neige (le 20 et 22 mai) mise en scène par Nicolas Liautard, jeune metteur en scène, une sorte de recueil photographique marquant l'absence de texte, des peintures brumeuses, illustration des contes des frères Gimm.           Je vous invite à vous renseigner sur le site du Théâtre de Lorient : ici. L'ouverture de la billetterie ce fera ce weekend, le 6 et 7 septembre. Au plaisir de vous y retrouver !

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               Faisant suite aux trois premières étapes de la résidence itinérante (voir Article1 et Article 2), la sculpture mobile Freaks a été accueillie à la fin de son parcours par l'association La Fourmi_e au sein de la ressourcerie Ti Récup à Carhaix. Pendant 15 jours, tous les après-midi, les clients du magasin ont pu visiter l'intérieur sculpté et participer à la réalisation des murs en couches de papier.                Le dimanche 13 juillet, à l'occasion de la fête des deux ans de l'association, la sculpture a été exposée pour clore la résidence.               Ci-dessus, quelques bas-reliefs venant s'incruster dans les parois de carton à l'intérieur de la sculpture mobile.                              Atelier de fabrication de briques avec les clients-spectateurs du magasin. Une fois que le cadre en bois est rempli de couches de carton contrecollées entre elles, les participants les mettent à sécher au soleil. Le démoulage des blocs ainsi constitués à lieu 24 heures après. Ils peuvent alors être fixés sur l'ossature en bois à l'intérieur de la sculpture mobile.                 Il reste encore plus des deux tiers des murs à construire en collaboration avec des habitants et plusieurs tableaux en attente. La sculpture se poursuivra sans doute lors d'une prochaine invitation en résidence ...

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Exposition et ateliers publics à Fillé (72), le 7 et 8 juin.                Lors de l'After Puls'Art exposition d'art contemporain organisée sur l'île Moulinsart, Freaks s'est installée tout le week-end dans le parc.                Un barnum a été mis à ma disposition pour les besoins de l'atelier mobile. Le matin, tout est calme. Je suis seule et me concentre sur les tableaux. Les après-midi ensoleillés attirent des spectateurs et de simples promeneurs. Ils sont nombreux à consacrer du temps à fabriquer les briques de carton nécessaires pour monter les murs de l'intérieur sculpté. Il s'agit de découper des bandes de carton de 10 x 40 cm puis de les introduire enduites de colle à affiche dans des boites qui servent de moules et permettent de compresser les couches entre elles.                                      Résidence à la Croix Saint Lambert, Saint Brieuc, du 2 au 15 juin                Lors de cette résidence de deux semaines dans le quartier de la Croix saint Lambert, la sculpture mobile Freaks a été exposée dans 4 lieux : les jardins de l'hôpital psychiatrique Saint Benoit Menni, la Maison d'Accueil Spécialisée de Ker Dihun, en bas des immeubles d'habitation face au local jeunes du quartier et sur la place du marché lors de « La fête à Léon » le 14 et 15 juin.                           A chaque installation, les personnes fréquentant les lieux peuvent visiter la sculpture mobile et voir une étape de son évolution. Ils sont également invités à m'aider sur des temps particuliers à la réalisation des briques au sein de mon atelier qui se déploie alors en extérieur ou dans une salle que l'on me prête quelques jours. L'organisation de mon espace de travail, mes outils, l’étalage des supports et des images prennent la forme d'un chantier me permettant facilement d'expliquer mon processus de travail. Les cartons sont triés par nuances, des bruns au gris clairs en passant par des ocres. Les pages de magazines sélectionnées sont accrochés sur des fils afin que j'ai le temps d'y penser. Mes outils (cutters, bistouris, forêts, perceuse, clous, rappes à bois) sont accrochés ou disposés sur la table.  Lors de mon arrivée à l'Elaboratoire (Rennes) où je suis accueillie en résidence du 16 au 27 juin, on me fait visiter les ateliers de plasticiens, la galerie d'exposition, le plateau de répétition ainsi que l'atelier de réparation des vélos, celui de couture, les lieux de cuisine et de vie collective.On me confie ensuite le stock de cartons que j'avais demandé et les magazines récupérés. Je commence alors « l'épluchage » de la presse people dans laquelle je glane les figures de stars et les corps de tops modèles.  Lorsque les premiers visiteurs arrivent l'après-midi, je leur propose une fois de plus de s'arrêter un moment, de prendre une chaise et de faire une brique. Ce temps du « faire ensemble » est important. Il canalise l'attention du spectateur qui s’arrête et s'installe un moment dans l'atelier. Il marque le la durée d'un échange. Chaque participant m'apporte son regard personnel sur les tableaux et apporte un nouveau point de vue sur mon travail.    Vernissage à l'Elaboratoire, jeudi 19 juin                Grégoire Aillet, Rémy Daoud Bienassis et Georges Fortuna proposèrent en réponse à Freaks une exposition collective portant le même nom dans la galerie en regard de la sculpture mobile située dans la cour. Le soirée de vernissage fut rythmée par plusieurs performances et concerts. Ce fut un vrai moment d'échange entre le public et les artistes rendu d'autant plus conviviale grâce aux crêpes (vertes pour l'occasion) et aux jeux de la Cie Jo'Yo (palets pour manchot, pêche aux c.nnards, etc).                Freaks repart ce week end pour Carhaix (29) où elle sera de nouveau exposée par l'association La Fourmi-e dans le magasin Ty Récup'. Le travail de sculpture se poursuivra sur place avec l'ouverture de l'atelier au public et aux clients tous les après-midi jusqu'au 13 juillet, date de l'anniversaire de la ressourcerie.

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Durant la session de l'Art dans les chapelles 2012, j'ai découvert une icône statuaire ornée d'un coutelas au travers de la tête à l'intérieur de la chapelle Saint Gildas. Je suis tout de suite tombé sur le charme et j'ai entrepris des recherches approfondies sur ce personnage : St Bieuzy. Depuis le 11 juin 2013 je travaille sur un projet vidéo illustrant les derniers instants de la vie du saint.Le tournage a commencé au pied de la fameuse chapelle St GildasJonas Delhaye a pour rôle le saint en question, Alexandre Gouraud son maître Saint Gildas. J'ai été mis en relation avec une équipe de passionnés du moyen age, une troupe médiévale : Nessamelda (http://www.nessamelda.fr/) qui nous aide dans ce projet.De nombreux autres acteurs, figurants et techniciens se sont aussi joints a nous (dont Thomas Daveluy, Julian Janeszcko ou Nicolas Desverroniéres). Pour le moment le film n'en est qu'à son état de tournage, il reste encore de nombreuses scènes à réaliser. Cependant voici quelques photos pour vous donner un petit aperçu. Quant à mon intention, je ne sais pas encore ce que cela donnera au final, mais il faut savoir que l'orientation de l'histoire et son aspect visuel se baseront sur l'état spirituel et physique de St Bieuzy. J'essaye, en m'appuyant sur cette histoire, de faire ressortir le coté "naturel" du mysticisme : comment une blessure à la tête (phénomène physique) peut influencer une foi, une croyance, une vision du monde (état spirituel). La partie la plus importante sera sûrement la phase d'errance  du personnage avec son arme dans la tête.  Les visions et le rapport à la terre en tant qu'élément premier permettront, je l’espère, d'esquiver, voire d'ouvrir une voie parallèle à un rapport trop divin et une histoire trop "chrétienne", puis d'arriver à une vision presque animiste de ce personnage et de son monde. C'est cette ambiance que j'aimerai rendre et ce sur quoi je travaille. La suite au prochain épisode !

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Butaï 2.013, une performance de 45jours et 400km.                       Le retour du Butaï 2.013 a eu lieu à Lorient le lundi 15 juillet. La dernière étape fût celle de Penquesten, un petit village à une vingtaine de km. Cette ultime présentation se déroula lors des Noces Bretonnes organisées par l'association Danserion Bro (réunis autour de la danse bretonne).                          Le Butaï 2.013 revendique sa lenteur en prenant la forme d'une performance artistique d'un mois et demi. Il s'agit de déplacer des tableaux inspirés du flux télévisuel lentement de villages en villages.                Chaque étape durait 3 ou 4 jours au cours desquels, mon accompagnatrice et moi (Emma Frostin relayée par Iris Heurtaux) étions logées chez l'habitant. J'avais contacté les mairies qui m'avaient informée des fêtes locales et mise en relation avec les associations qui les organisaient. Ce sont elles qui le plus souvent se chargeaient de nous faire héberger chez des habitants.            Le premier soir, nous faisions généralement connaissance avec nos logeurs et certains membre de l'association. Je passais également une heure a photographier un téléviseur allumé. Il arrivait que cette séance photographique ait lieu dans un café.              Je sélectionnais mes clichés et le lendemain, il fallait trouver un moyen d'imprimer l'image choisie. Si j'avais beaucoup de chance, à la mairie, on me permettait d'imprimer en A3 couleurs, sinon je devais me débrouiller pour recomposer une image de 34 x 44cm à partir de 4 formats A4.             Puis, commençais la "micro-résidence" de deux jours. Je m'installais dans l'atelier qui m'étais prêté (sur la photo ci-contre, il s'agit de la médiathèque de Lanvénégen).            Je collais alors l'arrêt sur image en papier sur un tableau en carton ondulé vierge préparé et encadré à l'avance. Puis pendant une journée et demi, je sculptais au cutter et par déchirures au travers des épaisseurs contrecollées.                           Le 4ème jour était celui de la fête populaire à laquelle s'était invitée le Butaï 2.013. Toute l'après-midi et parfois jusque tard dans la soirée, nous faisions défiler la collection des tableaux que nous changions toutes les 24 min (pour déjouer la rapidité des 24 i/sec de l'image vidéo) dans la glissière du Butaï 2.013. Les participants à la fête venaient s'installer seuls ou en groupe devant l'image. Parfois, de véritables débats s'engageaient sous le auvent en toile tandis qu'à d'autres moments cela devenait un lieu de repli, de tranquillité et de contemplation comme l'évoque Iris dans le témoignage suivant de l'étape à Lanvénégen:                          "Nous arrivons sur les lieux ce matin : une clairière entourée de hauts pins, un havre ombragé où, quelques centaines d'années plus tôt, une chapelle fut érigée. Une messe précédée d'une procession : aujourd'hui, on célèbre St Melaine. L'office est suivie d'un repas convivial et des jeux sont organisés.                          Le Butaï 2.013 est déjà en marche, un peu à l'écart. Il était très attendu, au regard de l'accueil que nous avons reçu depuis notre arrivée. C'est au son de la Chorale de La Marion que les curieux entrent dans la tente. Les images énigmatiques donnent naissance à des commentaires, des questions. Émergent des suppositions de toute sorte quant à leur nature et leur origine. Parfois, il ne reste qu'un silence absorbé dans l’alcôve.                               Il y a ces deux dames qui sont restées un moment. Leur belle mémoire aidant, elles se sont embarquées dans des comparaisons effrénées. Elles ont évoqué des histoires romantiques, des films d'espionnage, des visions poétiques ou encore des idées sur la nature humaine... Elles s'amusaient énormément à chercher, et nous à découvrir tout ce qu'elles pouvaient y voir.                                   On décernait le prix des meilleurs enfonceurs de clous lorsqu'elles ont finalement quitté le Pardon."                                   Multi-prises héberge dans sa partie "Recherche" la carte interactive du projet: multi-prises.fr/recherches/butai-2-013/

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                                                                                                                                                                  Le Cri de l'Ormeau, agenda culturel de Bretagne (Morbihan et Cotes d'Armor), est un journal mensuel et gratuit, qui fait état de toutes les manifestations culturelles de la région. Dès son origine, Le Cri de l’Ormeau se développe aussi sur Internet. Le site www.cridelormeau.com enrichit l’édition papier et offre de nombreuses fonctionnalités : mise à jour permanente de l’agenda, présentation du patrimoine, moteurs de recherches thématiques, géographiques, évènementiels, services cartographiques, outils dynamiques (auto-annonce de manifestations, jeux pour gagner des places de spectacles...), et une étonnante Télé Ormeau. Derrière cridelormeau.com, se trouve une équipe composée de l'association Art Spec (qui édite le journal Le Cri de l'Ormeau) et de la société Acanthique (qui développe des applications multimédia). Le Cri de l’Ormeau se fait l’écho de l’action culturelle du département des Côtes d’Armor, du Pays de Pontivy et des territoires voisins. Ce média contribue au dynamisme culturel et à la valorisation des territoires. Il s’intéresse transversalement aussi bien au théâtre qu’aux musiques actuelles, aux cafés-spectacles qu’à la cyberculture, à l’opéra qu’à la sculpture monumentale, à l’audiovisuel qu’à l’écriture, à la culture bretonne qu'à la culture bosniaque... Tous les arts y sont à l’honneur, qu’il s’agisse de pratiques professionnelles ou amateurs, d’envergure locale, nationale ou internationale. .. - Edition Morbihan : 3, rue Fénelon 56100 Lorient - tél. 02 97 21 16 58 - fax. 09 50 99 56 17 - morbihan@cridelormeau.com   - Siège & Edition Côtes d'Armor : 23, rue des Promenades 22000 Saint-Brieuc - tél. 02 96 33 10 12 - fax. 09 53 05 71 77 - contact@cridelormeau.com

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Je vais vous présenter un petit appareil, disponible à la vente depuis plus de 6 mois, dont je viens de faire l'acquisition : un Raspberry Pi. Il s'agit en fait d'un petit ordinateur de la taille d'un téléphone portable sur lequel il est possible d'installer linux ou un mediacenter. Le principal atout de cet appareil réside dans son prix : environ 30€ Celui-ci possède 3 ports USB (seuls 2 sont utilisables, l'autre sert à alimenter en électricité le Raspberry), un lecteur de carte SD, une entrée RJ45 (mais si, vous savez, c'est le câble pour se connecter à Internet), une prise Jack (pour le son) et une sortie HDMI (pour la vidéo). Il suffit donc de l'alimenter en USB (soit à partir d'un adaptateur secteur de téléphone, soit à partir d'un autre appareil possédant une prise USB), de le brancher à une TV ou à un vidéoprojecteur et de le connecter à des enceintes et nous avons là un appareil qui peut diffuser image, son et vidéo pour n'importe quelle installation. Je pense que cet appareil est réellement utile dans le cadre d'installations d'artistes, et ce pour plusieurs raisons : Il ne coûte pas cher (donc s'il se fait voler ou abîmer ce n'est pas très grave et il ne nécessite pas un investissement exorbitant) Il est réellement tout petit (donc il est facile à installer pour une pièce) Il s'alimente en USB (on peut donc l'alimenter par la sortie USB de la TV ou du vidéoprojecteur sur lequel il diffuse) Il s'agit d'un véritable ordinateur avec lequel on peut se connecter à Internet Puisque j'ai ce petit appareil depuis quelques temps, j'ai déjà pu le tester un peu : Il m'a fallu 30 minutes pour installer le système d'exploitation sur la carte SD et je vous assure que c'est très simple (j'explique comment faire en bas). Une fois que c'est fait, j'ai bricolé moi même un petit boîtier (l'appareil est vendu à nu, il existe des coques, mais c'est plus rigolo de les faire soi-même), j'ai branché clavier, écran, clé USB, j'ai allumé l'appareil et 20 secondes après je pouvais voir les films sur ma clé. Pour 30€ il ne faut pas non plus s'attendre à une bête de course, mais ce petit appareil lit très bien les vidéos en HD et ses deux ports USB vous permettront d'y connecter clavier/souris ! Si ça vous intéresse : Vous pouvez acheter le Raspberry en ligne directement à partir du site officiel (cliquez sur "buy a pi") Munissez-vous d'une carte SD (4Go minimum et de préférence avec un bon débit, type SDHC), un câble mini USB (ceux des téléphones) et un câble HDMI (ou un câble vidéo, la prise jaune) Choisissez d'installer Linux (version bureau avec icônes, et toussa) ou un mediacenter (une interface plus simple qui permet de lire vidéos, sons et images sans se prendre la tête) : Pour installer un mediacenter, je vous conseille openelec : suivez ce tuto très simple si vous êtes sur Windows (pour ceux sur Mac Os ou Linux, c'est par ici) Pour installer linux (version bureau), je vous conseille Raspbian (instructions ici). Attention VLC ne fonctionne pas bien du tout avec le Raspberry donc pour lire les vidéos avec c'est galère Pour une utilisation autre qu'une installation interactive, je vous conseille d'installer un mediacenter (moi j'ai choisi openelec, mais il en existe d'autres). A la base j'avais installé raspbian, mais VLC ne fonctionnait pas bien du tout et le système en général était assez lent, c'était pas génial. Depuis que j'ai installé mon mediacenter tout marche nickel Et vous, êtes-vous intéressé par cet ordinateur, est-ce que ça vous donne des idées ?

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Bonjour à tous, J'ai été invité en Novembre dernier par l'EESAB (École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne) afin de réfléchir sur le sujet : Qu'est-ce que pourrait être l'école d'art "idéale" ? Vaste sujet... Chaque site (Brest, Lorient, Quimper, Rennes) avait invité pour ce moment deux membres du corps enseignant, deux anciens étudiants et un étudiant en fin de cursus. L'idée était pour nous, jeunes artistes ou travailleurs d'autres horizons culturels, d'évaluer cette formation au regard de notre nouvelle expérience dans le milieu artistique. Ce moment de multi prises de recul était un moyen pour faire la critique de la formation dispensée au sein d'une école d'art (atouts et manquements). Nous avons donc exprimé durant cette table ronde diverses idées et problèmes, visions et utopies (car tout est permis!). Il me semblait important d'émettre qu'une école était avant toute chose formée de visions, d'expériences, d'attentes aussi diverses que d'étudiants. C'est suite à cela que je suscite vos retours sur expériences. Je crois que la création de cette plate-forme a résonné au départ comme une envie de partager et d'entreprendre à plusieurs, de créer, d'échanger, de s'ouvrir et d'ouvrir la culture qui sont (je l'espère) par extension, sans doute l'essence d'une école d'art. Il y a cependant des questions plus pragmatiques, matériels, pédagogiques et toutes aussi intéressantes à soulever.  Pour aider à orienter cette réflexion, voici quelques questions simples :  Quels sont les atouts de la formation ? Quelles sont les carences ? Rythmes et progressivité du cursus.. Quelle école "idéale" dans 5 ans? Quels enseignements, quels dispositifs pédagogiques, quels intervenants... Erasmus ? Intérêts... Avis donc aux anciens étudiants de ces écoles et à ceux qui ont un avis... Ces retours d'expériences peuvent ainsi permettre de changer l'école de demain ! Heu...

DÉCOUVERTE / Samedi 20 Octobre 2012 / 15h-17h Lieu / L'Echonova à Saint-Avé "Le VJing, performance visuelle en temps réel, est à la vidéo ce que le DJing est à la musique. Le mapping est une technique des arts numérique qui permet de projeter une image qui s'adapte aux volumes du support lui donnant ainsi une texture. Ce temps de rencontre permettra de découvrir ces techniques." Public / Ouvert à tous Intervenant / Sébastien Thomas > régisseur vidéo et lumière pour spectacles & concerts. Conditions de participation / Entrée libre et gratuite sur inscription auprès d'Aurélien Moullé au Centre de ressources de l'Echonova sur ressources@lechnova.com FORMATION / Sam./Dim. 27 & 28 Octobre 2012 / 10h-18h Lieu / L'ESTRAN à Guidel " Cette formation vise une première approche concrète du mapping et de ses usages à la scène. Découverte des possibilités offertes par la technique du mapping, apprentissage des notions techniques de base et prise en main des logiciels Modul8 et Madmapper. "    Public / Artistes & collectifs, porteurs de projets ou techniciens utilisant ou souhaitant utiliser la technique du mapping. Pré-requis : avoir obligatoirement participé à la découverte (au-dessus). Intervenant / Sébastien Thomas > régisseur vidéo et lumière pour spectacles & concerts. Conditions de participation / Tarif individuel>30€ ------ Sans emploi>15€                                                                                               Renseignements & Inscriptions sur www.addav56.org

Les anciens étudiants le savent sûrement, mais le ministère de la culture a mandaté un organisme privé pour réaliser un sondage auprès des anciens étudiants en art ayant obtenu leur diplôme. Cet étude est réalisée tous les ans (ou tous les deux ans) et a pour but de pouvoir donner des chiffres sur l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Cela pourrait être une bonne idée, si seulement les chiffres récoltés n'étaient pas arrangés (je ne dis pas modifiés, juste présentés sous un bon angle) afin de faire briller les apparences et présenter une belle façade de ce qu'est un cursus d'études artistiques.Vu que je ne répond jamais à ces enquêtes (que je trouve bidon), je reçois régulièrement des mails de relances qui commencent à devenir agaçants...J'ai finalement décidé de répondre par mail à l'organisme mandaté. Je vous laisse lire ma réponse sur mon blog.Pour ceux qui ont la flemme de lire l'article complet sur mon blog, en voici les principales lignes expliquant pourquoi je ne veux pas répondre à l'enquête:Je refuse de répondre car je trouve que les chiffres sont arrangés pour faire briller une fausse réalité et mentir aux parents. Après un diplôme en art, les débouchés sont rares (même s'ils sont variés) et c'est souvent des jobs alimentaires qui constituent les premiers emplois d'un jeune diplômé. Je pense que quand on parle du cursus professionnel qui suit après 5 ans d'études en art, il ne faut pas citer de chiffres, mais parler d'un but (être artiste ou se forger une réflexion personnelle de qualité) Pour moi, une école d'art est une formation non professionnalisante, point. La vraie finalité d'une école d'art n'est pas dans les débouchés, mais dans le fait de former des artistes avec une réflexion personnelle, unique et de qualité Les résultats de l'enquête font croire à des débouchés qui en plus d'être très rares (autant qu'après la fac en somme) faussent le réel intérêt de ces études Je n'ai, à ce jour, toujours pas reçu de réponse... Et vous qu'en pensez-vous ?

Le 3 octobre 2010, Éric Vigner créait l’Académie : une « petite démocratie » regroupant sept jeunes acteurs français et étrangers, visant à former à la fois un espace de transmission, de recherche et de production théâtrale. Scellant l’acte de naissance de l’Académie, La Place royale de Pierre Corneille ouvre la saison du Théâtre de Lorient en opérant une sorte de retour aux sources. C’est en effet à cette comédie, déjà, qu’Éric Vigner s’attaquait à la fin de ses études au Conservatoire, en 1986, y dirigeant sept acteurs de sa promotion (parmi lesquels Denis Podalydès). Cette pièce de jeunesse sur la jeunesse a été écrite par Corneille en 1634, à l’âge de 28 ans, deux ans avant L’Illusion comique — pièce qu’Éric Vigner avait choisi de présenter pour l’ouverture du CDDB en 1996—, et trois ans avant qu’il n’abandonne la comédie pour se tourner vers le genre tragique. Sous-titrée «L’amoureux extravagant », La Place royale conte les atermoiements d’Alidor, qui aime Angélique, sans toutefois pouvoir se résoudre à l’idée d’un mariage qui signifierait la perte de sa liberté. Dans ce spectacle où la beauté visuelle propre aux mises en scène d’Éric Vigner prend une tournure baroque, où l’on retrouve le soin qu’il apporte au texte et son incarnation, les alexandrins de Corneille se frottent aux accents des jeunes comédiens de l’Académie. Cela n’en souligne que mieux la modernité de cette pièce qui marque la naissance du héros cornélien, brillante et réjouissante méditation sur l’amour et la liberté, et la façon dont l’amour peut faire échec à l’amour. La Place royale est également l’occasion, pour le Théâtre de Lorient, de faire un focus sur ce XVIIe siècle qui a vu naître la ville, mêlant concerts, conférence, danse...

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Pierre Cochard nous a fait suivre par mail un texte très intéressant de Paul Valéry (trouvé sur skole.fr), ça fait réfléchir... Je n’hésite jamais à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture. Plus les diplômes ont pris d’importance dans la vie (et cette importance n’a fait que croître à cause des circonstances économiques), plus le rendement de l’enseignement a été faible. Plus le contrôle s’est exercé, s’est multiplié, plus les résultats ont été mauvais. Mauvais par ses effets sur l’esprit public et sur l’esprit tout court. Mauvais parce qu’il crée des espoirs, des illusions de droits acquis. Mauvais par tous les stratagèmes et les subterfuges qu’il suggère ; les recommandations, les préparations stratégiques, et, en somme, l’emploi de tous expédients pour franchir le seuil redoutable. C’est là, il faut l’avouer, une étrange et détestable initiation à la vie intellectuelle et civique. D’ailleurs, si je me fonde sur la seule expérience et si je regarde les effets du contrôle en général, je constate que le contrôle, en toute matière, aboutit à vicier l’action, à la pervertir... Je vous l’ai déjà dit : dès qu’une action est soumise à un contrôle, le but profond de celui qui agit n’est plus l’action même, mais il conçoit d’abord la prévision du contrôle, la mise en échec des moyens de contrôle. Le contrôle des études n’est qu’un cas particulier et une démonstration éclatante de cette observation très générale. Le diplôme fondamental, chez nous, c’est le baccalauréat. Il a conduit à orienter les études sur un programme strictement défini et en considération d’épreuves qui, avant tout, représentent, pour les examinateurs, les professeurs et les patients, une perte totale, radicale et non compensée, de temps et de travail. Du jour où vous créez un diplôme, un contrôle bien défini, vous voyez aussitôt s’organiser en regard tout un dispositif non moins précis que votre programme, qui a pour but unique de conquérir ce diplôme par tous moyens. Le but de l’enseignement n’étant plus la formation de l’esprit, mais l’acquisition du diplôme, c’est le minimum exigible qui devient l’objet des études. Il ne s’agit plus d’apprendre le latin, ou le grec, ou la géométrie. Il s'agit d’emprunter, et non plus d’acquérir, d’emprunter ce qu’il faut pour passer le baccalauréat. Ce n’est pas tout. Le diplôme donne à la société un fantôme de garantie, et aux diplômés des fantômes de droits. Le diplômé passe officiellement pour savoir : il garde toute sa vie ce brevet d’une science momentanée et purement expédiente. D’autre part, ce diplômé au nom de la loi est porté à croire qu’on lui doit quelque chose. Jamais convention plus néfaste à tout le monde, à l’Etat et aux individus (et, en particulier, à la culture) n’a été instituée. C’est en considération du diplôme, par exemple, que l’on a vu se substituer à la lecture des auteurs l’usage des résumés, des manuels, des comprimés de science extravagants, les recueils de questions et de réponses toutes faites, extraits et autres abominations. Il en résulte que plus rien dans cette culture altérée ne peut aider ni convenir à la vie d’un esprit qui se développe. Paul Valéry, Le bilan de l'intelligence (1935), in Variété, Œuvres, t. 1, Gallimard, Pléiade, p. 1076.