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Archives du mois de février 2014

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Le monde nous parle, c’est indéniable. Le monde est bavard, il n’arrête pas de nous dire.Qu’est ce qu’il me dit ? Qu’est-ce qu’ils me disent ?Est-ce qu’ils me disent la même chose qu’à toi ?Est-ce qu’ils te disent la même chose qu’à moi ?- Ktha Compagnie -    Spectacle pour 1 container, 2 acteurs, 1 vidéo projecteur et 100 poupées.Est-ce que le monde sait qu'il me parle? Un beau titre pour un spectacle qui, je pense, ne l’est pas moins. De passage dans la région, cela vaut le détour du côté d'Hennebont...Que le spectacle se joue dans un container, ce n’est pas un hasard. Née avec le nouveau millénaire, ktha compagnie a développé diverses recherches aboutissant à des spectacles pensés comme des modules qui peuvent se déplacer, parce que leur priorité est la relation entre l’acteur et le spectateur. Ktha compagnie aime à s'immiscer dans les espaces publics de nos villes pour décaler les habitudes et trouver une proximité d'échange avec le spectateur. Les stades, parkings, terrains vagues, toits d'immeubles, containers, aires d'autoroute... sont devenus leurs salles de spectacles.Un container, 20 spectateurs, un projecteur et 100 poupées blanches entre 5 et 180 cm qui tombent du plafond pendant que deux acteurs lancent – et avec ironie- des phrases glanées dans la publicité, la sagesse populaire, les médias et le cinéma universel.Simple et abstrait comme le monde d’aujourd’hui. Spectacle qui dénonce le monde bavard que l’on aimerait nous imposer, où le formatage de la publicité et du marketing, le matraquage des messages politiques relayés par certains journalistes, empiètent sur notre liberté de penser et de rêver le monde."Voyez la chose comme quarante-cinq minutes de thérapie pour se laver des multiples messages « personnalisés » dont nous sommes en permanence bombardés." Edouard Launet - Libération Est-ce que le monde sait qu'il me parle? 20 au 22 février 2014  TRIO...SPlace Maréchal Foch - 56700 Hennebont 
jeudi 20 et vendredi 21 février à 20h30
samedi 22 février à 11h00, 18h00 et 20h30Durée > 45 minutes© Crédit photo : ktha.org, zoomlarue.com

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Je passais voir des amis au cirque Galapiats lorsque j'ai fait la connaissance de Barbara Gay, une jeune metteuse en scène actuellement en résidence au théâtre des Tarabates de Saint Brieuc. Alors que les acrobates répétaient, sous le chapiteau, Angel, la petite amie de l'un d'entre eux m'a proposé de l'accompagner sur un "chantier bénévole" consistant à mouler dans le plâtre les corps d'artistes de scène. Curieuse de découvrir de quoi il s'agissait, j'acceptais et me retrouvais dans le fameux Théâtre en trois parties (un studio, un atelier et une scène), rue Robien à Saint Brieuc. Lorsque j'ai mis les pieds dans l'atelier, j'ai été stupéfaite par le chaos qui y régnait. Une demi douzaine de bras, de jambes, de bustes et d'autres membres étaient disposés un peu partout. L'espace était saturé de plâtre et plusieurs individus s'affairaient autour de volumes blancs. Je ne tardais pas à découvrir qu'un Rodin tout à fait punk était le maître des lieux à l'origine de ce chantier! Une petite femme aux cheveux courts en bleu de travail adressait quelques conseils aux bénévoles. Rien à voir avec la rigueur et la sévérité que l'on peut s'imaginer d'un grand maître classique orchestrant le travail de ses assistants. Ces derniers d'ailleurs, loin d'être des techniciens spécialisés étaient pour la plupart des briochins (les habitants de Saint Brieuc). Ils avaient entendus parlé par bouche à oreille de cette création ouverte au public et comme moi s'étaient rendus sur place. Certains revenaient régulièrement depuis plusieurs jours...     Très rapidement, on me proposa de réaliser un contre-moule à partir d'un buste en plâtre. Je le recouvrais au pinceau d'une couche de vaseline et modelais les plaques de terre sur la poitrine. Barbara nous prépara une gâche de plâtre. Au moment de commencer à l'appliquer, j'hésitais. J'interrogeais la jeune femme afin de savoir jusqu'où étendre le plâtre. Je craignais de déborder et d'empêcher le démoulage ou le façonnage de l'autre moitié du buste. J'avais peur de rater. Barbara me lança "Débrouilles-toi. et si tu rates, tu pourras toujours recommencer! Quand tu auras trouvé la bonne méthode, surtout, n'oublies pas de me la montrer!" Elle me laissa là et alla s'occuper des autres. C'était assez drôle car je m'apercevais que nous étions sans doute tous aussi inexpérimentés qu'elle-même. La seule manière d'avancer était d'essayer et de nous instruire les uns les autres de nos erreurs comme de nos succès.  Finalement, notre 1er contre-moule ne fut pas mal réussit. Il eut le droit d'être envoyé à l'étage supérieur pour "l'empapiétage". Cette seconde étape représente la tache la plus titanesque du travail plastique. Il s'agit de superposer à l'intérieur des négatifs en plâtre, sept couches alternativement de papiers déchirés et de tarlatane.  Une fois ces pièces séchées et extraites des moules, elles seront assemblées pour former les doubles marionnettiques utilisés pour le spectacle. Barbara avait installé de nombreuses tables dans le théâtre pour que les bénévoles puissent travailler sur le plateau même de la scène. Ils n'ont cessés d'affluer pendant la dizaine de jours que j'ai finalement passé là-bas. L'étage supérieur était muni d'une cuisine et d'un salon en libre accès où nous déjeunions et prenions la pause thé. La table du salon comportaient de nombreuses lectures sur le cirque, la notion de double dans la mythologie, les techniques de moulage et autres recherches théoriques ou pratiques liées au spectacle. Nous en parlions beaucoup et interrogions Barbara et les trois interprètes (Chloë, Nanda et Céline). Celles-ci étaient souvent là, d'abord pour que l'on moule leur corps en bandes plâtrées puis pour nous aider à l'empapiétage. Parfois elles nourrissaient leur réflexion individuelle concernant la recherche symbolique du double en dessinant et en imprimant des images trouvées sur internet et en collant des textes sur de grands pans de papier. Barbara n'écrit pas par avance le spectacle mais demande à chaque interprète de réfléchir à ce que représente le double pour lui. Ensuite, elle les invite à trouver des moyens gestuels d'exprimer le fruit de ces recherches individuelles. Un temps d'expérimentation seul est suivi ensuite d'une recherche plus collective pour monter le spectacle final. La préoccupation de Barbara est de ne pas venir "plaquer" des rôles sur les interprètes mais de partir de leur individualités pour écrire avec elles la pièce finale.

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