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Archives du mois de avril 2013

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C’est une très belle écriture que j’ai découverte ici à travers 5 tomes, d’une centaine de pages chacun. Aki Shimazaki qui est l’auteur de cette pentalogie  intitulée Le Poids des secrets qui comprend Tsubaki (qui signifie le camélia), Hamaguri (Palourde japonaise), Tsubame (L’Hirondelle), Wasurenagusa (Le Myosotis) et Hotaru (La Luciole), nous plonge dans le Japon de 1900 à nos jours. Autour de ce qui semble être tout d’abord cinq histoires distinctes, l’auteur tisse l’histoire d’une famille sur plusieurs générations. Elle nous dévoile comment les secrets de famille peuvent influer non seulement la vie de celui qui se tait, mais aussi ses enfants et jusqu’à ses petits-enfants. Sans jugement sur les aventures de ses personnages, elle lève peu à peu le voile sur ce qui pousse parfois à cacher ou à transformer quelque peu la vérité. Et, au fur et à mesure des tomes, les recoupements se font, discrets d’abord, puis de plus en plus évidents, jusqu’à nous révéler le tableau final. Tous les titres d’ouvrages sont symboliques et très beaux : le style de l’auteur est très dépouillé et sobre, aucune fioriture ne vient  alourdir le récit. Et à travers l’histoire de cette famille on pourra se faire une idée du vécu des japonais à travers une guerre, un tremblement de terre, l’invasion de la Corée, les bombes atomiques. Jamais de la plume de l’écrivain nous lirons des mots amers ni violents, malgré des faits parfois durs voir cruels. Beaucoup de dignité et de retenue.J’ai été happée par cette simplicité à décrire la vie qui va, la vie qui bat avec autant de profondeur et de sensibilité en si peu de pages, les secrets en se dévoilant distillent le soulagement mais aussi le doute. En laissant résonner en nous la question de savoir si on connaît véritablement celui ou celle qui, durant toute une vie, a porté ce fardeau, a abrité ce mensonge? Cinq bobines de fils qui se déroulent, s’enroulent, s’emmêlent et se démêlent. J’ai apprécié découvrir un Japon différent de celui qui a subit la propagande occidentale. Un pays digne, parfois trop, qui aime cultiver ses traditions. A travers ces déambulations on y découvre une société qui est un mélange de raffinement et de violence. Plein de sensibilité et de pudeur, le texte reste, malgré le sujet, lumineux et plein de petits bonheurs. J’ai passé de très beaux moments que j’ai trouvé parfois un peu court mais c’est ce qui fait le rythme de ce cycle. Bonne lecture! «Le poids des secrets» de Aki Shimazaki, collection Babel chez Actes Sud, date de parution : 2005-2009 / 6.50€ /volume.

Le poids des secrets / Tome 3 / Tsubame - Crédits photos : lelibrair.com

Les Kamishibaïs naquirent dans les années 1930 au Japon. Ils étaient des milliers à parcourir les routes jusqu'en 1960 avant que la télévision n'arrive. Conteurs à vélo, ils se rendaient de village en village équipés d'un castelet en bois appelé butaï dans lequel ils glissaient des aquarelles en papier. On les nommait couramment « oncles kamishibaïs » ou « kamishibayas ». Lorsque l'un d'eux s'installait au coin d'une rue et agitait ses hiyogishis (batons à applaudir), tous les enfants du quartier accouraient. On permettait à ceux qui achetaient des patates douces ou des bonbons en guise de tickets de se placer devant. Une vingtaine d'images se succédaient dans le cadre du butaï accompagnées de la voix du conteur. Tout l'art de ce dernier résidait dans la manière de faire se succéder les plans selon le rythme de l'histoire. Parfois, rester un long moment sur un seul dessin augmentait le suspens tandis que l'émotion pouvait être précipitée par le glissement prompt de la scène suivante. Cette technique fut reprise par Tesuka et Sakamoto lorsqu'ils réalisèrent le célèbre et premier manga télévisuel, Astro le petit robot en 1963. Les deux illustrateurs ne disposant pas des moyens des studios Disneys, jouaient de longs arrêts sur images et réutilisaient des plans limitant ainsi la quantité de dessins à produire. Extrait de Golden Bat deTakeo Nagamatsu (début des années 1930). Aquarelle inspirée de La Grande vague de Kanagawa d'Hokusaï. L'art du Kamishibaï s'inspire de la peinture traditionnelle japonaise et occidentale. Il emprunte à cette dernière le clair obscur auparavant absent de la représentation japonaise. Le cinéma apparu en 1895 fit connaître la culture occidentale en Asie et les artistes de Kamishibaïs s'en nourrirent énormément. Ainsi, de nombreuses aquarelles reproduisent le cadrage cinématographique. Extrait de Mystery Train Dés le milieu des années 1960, le gouvernement s'inquiète de l'influence de cet art populaire sur la jeunesse. Une enquête révèle qu'un quart des écoliers assistent à plus de deux spectacles de Kamishibaïs par jour. Ils sont alors interdits aux abords des écoles et dans de nombreux quartiers. On leur reproche de détourner de l'étude et des bonnes mœurs les enfants et de générer des attroupements dans les rues. On dit aussi que les bonbons aux couleurs vives que vendaient les kamishibaïs étaient mauvais pour la santé des marmots qui se les passaient de mains en mains. Image de propagande appartenant à un récit imprimé sur papier fin en quadrichromie. Après cette interdiction, les contes de Kamishibaï furent plus formatés. Des sociétés appelées kaï produisaient des images de propagande pendant la guerre. La reproduction industrielle sur papier rationné de dessins permis au gouvernement de diffuser en Mandchourie (partie de la Chine occupée) une image positive des soldats japonais. Le Kamishibaï était aussi utilisé comme journal du soir par l'agence de presse Asahi qui innovait en combinant photographies et dessins. D'autres sociétés créèrent des Kamishibaïs éducatifs, parfois religieux. Les Alliés qui occupaient le Japon jusqu'en 1952 mirent en place des bureaux de censure. Les récits de ninjas étaient remplacés par le football, la science fiction et les histoires comiques. Les censeurs veillaient à ce que la catastrophe d'Hiroshima ne soit évoquée sous aucun prétexte. La tradition du récit par l'image est quelque chose de très présent au Japon, peut-être parce que l'imprimerie est arrivée plus tard qu'en Occident. Les mangas japonais conçus pour que le lecteur ne passe pas plus de trois secondes par page en sont un exemple flagrant. Des foules  se réunissent en plein air pour regarder la télévision à ses débuts. C'est donc avec l'arrivée de ce que les spectateurs appelèrent le « kamishibaï électrique » que disparu ce médium fabuleux à la frontière des arts visuels et du théâtre d'objets. En 1953, environ huit cent téléviseurs étaient présents sur les places publiques. Dix ans plus tard, il ne reste peu de conteurs à vélo. pour les derniers qui s’entêtent à parcourir le pays, il est alors bien difficile d'attirer les enfants dans la rue tandis que quatre millions et demi de téléviseurs se sont invités dans les foyers individuels. Bibliographie: Manga Kamishibaï Du théâtre de papier à la Bd Japonnaise, EricP. Nash, Edition de La Martinière, 2009 La Boîte magique : le théâtre d'images ou kamishibaï : histoire, utilisations, perspectives, Strasbourg, Callicéphale, 2007

Un kamishibaya à bicyclette